À l’ombre du Japon #21 { Celle que je suis #1 & #2 ; une introduction à la transidentité }

Celle que je suis est un diptyque shojo / tranche de vie scénarisé par Morihashi Bingo et dessiné par Koko Suwaru. Publié par Akata Manga dans sa collection Large, vous trouverez chaque tome au prix de 8.05 euros partout en librairie. 

De quoi ça parle ?
Tokyo, dans les années 80. Yûji Manase est étudiant et a deux secrets. Le premier, c’est qu’il est amoureux de son meilleur ami Masaki Matsunaga. Le deuxième, c’est qu’il se sent mal dans son corps, au point de se haïr. Un soir, la sœur de Yûji passe à son appartement et y laisse une robe qui va exercer sur lui une forte attraction, au point que Yûji va l’essayer. Grâce à cela, Yûji comprendra qui il est ou plutôt, celle qu’elle est.

La transidentité et moi : l’étendue de ma méconnaissance.
Le thème central de ce manga est la transidentité, bien qu’il contienne quelques éléments secondaires pour densifier un peu l’intrigue. Yûji est un homme sur un plan biologique et au début du manga, le pronom « il » est utilisé jusqu’à ce que le déclic se produise. À partir de ce moment-là, Yûji sera défini comme « elle » et j’ai trouvé ce jeu formel très intéressant. Akata explique également sur son site qu’ils ont choisi d’écrire le résumé du premier tome au masculin justement parce qu’au début de la série, Yûji se considère toujours comme un homme, alors que celui du second tome est féminisé. Un choix que je trouve pertinent.

Autant me montrer honnête : je ne connais pas grand chose à la transidentité que ce soit dans la réalité ou dans la fiction en dehors de la théorie. J’entends par là que je connais le concept. Je la conçois et la comprends sur un plan intellectuel. Je la respecte et une partie de ce respect passe par l’admission de ma méconnaissance sur le sujet. J’imagine les difficultés que vivent les personnes transgenres (toujours sur un plan intellectuel) mais je n’ai aucune idée de ce que cela implique dans la réalité pour les personnes concernées. Ce serait insultant de prétendre le contraire. Du coup, mon avis sur ce titre est subjectif (comme le sont tous les avis, me direz-vous) et quand je qualifie ce titre de crédible, ce doit être remis en perspective par rapport à mes (mé)connaissances. Vous êtes donc prévenu(e)s !

Sur un plan fictionnel, je pense qu’on aborde assez peu ces sujets (ou alors je suis jusqu’ici passée à côté de toutes les œuvres qui en parlent réellement ?), surtout de manière crédible et respectueuse des personnes concernées. C’est ce qui m’a tout de suite attirée vers ce titre car j’avais envie d’en apprendre davantage avec ce qui est à ma portée et je place une assez grande confiance dans le travail d’Akata pour me douter que, s’ils publient cette fiction, c’est qu’elle est bien fichue. La fiction est-elle le meilleur chemin pour s’instruire ? Je l’ignore mais j’ai envie de croire que ce n’est pas une manière de procéder plus mauvaise qu’une autre. Voici comment et pourquoi je me suis tournée vers ce titre et je n’ai aucun regret. Après cette petite introduction, entrons dans le vif du sujet…

Transidentité, romance, tranche de vie.
Comme je le disais, ma méconnaissance du sujet m’empêche d’affirmer si ce manga est crédible ou non pour les personnes concernées et je serais vraiment curieuse de lire le retour d’une personne transgenre à son propos. Toutefois, de mon point de vue, j’ai trouvé Celle que je suis sensible, subtil, intelligent et surtout, respectueux dans sa démarche représentative. La manière dont Yûji se découvre, les étapes qu’iel va traverser jusqu’à devenir « elle » sans pour autant revendiquer son statut puisqu’iel continuera de se présenter comme masculin aux yeux du monde, par facilité… J’ai trouvé les choix et les cheminements de Yûji crédibles, compréhensibles, un peu tristes aussi mais ça participe à ancrer ce manga dans le réel. Ici, pas de grands éclats, le monde ne va pas se modifier en profondeur, il y aura peu de prises de conscience, sauf à une échelle très restreinte. C’est vraiment une tranche de vie, une tranche de la vie de Yûji qu’on suit avec émotion car on ne peut décemment pas rester indifférent.

Pour autant, le thème de la transidentité ne prend pas toute la place puisque le manga contient également des histoires d’amour parallèles dont une signalée dés le résumé. En effet, Yûji est amoureuse d’un homme qui est aussi un ami proche, sauf qu’elle a conscience de rester biologiquement de genre masculin, ce qui est un problème puisque son ami est hétérosexuel. J’ai trouvé l’évolution de leur relation intéressante et la manière dont l’épilogue se termine aussi car il rend compte de la complexité du sentiment amoureux et des choix que chacun(e) peut faire ou non à ce sujet. La douce mélancolie qui s’en dégage m’a touchée, on sent une vraie réflexion du scénariste. Peut-être est-il concerné par la transidentité ? Je sais qu’il écrit également une saga en light novel (Ce qu’il n’est pas) sur le sujet donc qui sait… Je me pencherais dessus à l’occasion !

La conclusion de l’ombre :
Celle que je suis est un diptyque tranche de vie qui traite d’amour et de transidentité. Je ne suis pas spécialiste de cette thématique et ce manga a constitué une porte d’entrée parfaite pour moi puisque le scénario est construit avec respect et intelligence. Les mangakas proposent un travail soigné autant sur l’intrigue que sur le visuel, ce qui rend Celle que je suis tout à fait recommandable. Une réussite

D’autres avis : Kiriiti’s blog – vous ?
Je n’en ai pas trouvé d’autre toutefois n’hésitez pas à me poster le lien de votre chronique si vous en avez parlé, afin que je vous ajoute 🙂

13 réflexions sur “À l’ombre du Japon #21 { Celle que je suis #1 & #2 ; une introduction à la transidentité }

  1. Comme Kiriiti je garde aussi un très bon souvenir du premier tome mais encore plus qu’elle, je n’ai pas du tout aimé le second. Même si je connais très mal le sujet, il y a eu plusieurs points qui m’ont vraiment dérangée dont je parle dans ma chronique : https://lesblablasdetachan.wordpress.com/2019/01/16/les-decouvertes-dakata-21-celle-que-je-suis-de-bingo-morihashi-et-koko-suwaru
    Alors par curiosité, est-ce que tu te rappelles si tu les as ressentis toi aussi ?

    • Je viens de lire ta chronique, je comprends les soucis que tu relèves toutefois je ne partage pas totalement ton sentiment.
      Le fait est que dans la réalité, il existe des personnes comme ça qui pensent de cette manière. Pour moi le mangaka cherche à montrer justement la manière dont la société nous fait spontanément penser / réagir face à des situations comme celles là, j’y ai vu une forme de dénonciation mais peut être que si le manga ne traitait pas de transidentité, j’aurai tiqué aussi. Là je crois qu’inconsciemment je suis partie du principe que le mangaka voulait prôner l’ouverture d’esprit et donc ne pouvait pas à dessein écrire des personnages caricaturaux, pas sans une raison derrière.
      Quand le personnage principal pense qu’il a une chance vu que la fille avec qui sort le mec qu’il aime est peu féminine bah oui évidemment que ça heurte et que ça ne renvoie pas une image positive mais on a tous eu un jour des pensées mesquines comme ça si on veut se l’avouer. Je trouve que ça rend les personnages plus humains, plus crédibles aussi, parce que personne ne pense spontanément de la bonne manière. Et on a le droit de se tromper dans nos têtes, encore heureux d’ailleurs ^^’ Je n’y ai pas vu une atteinte à l’image de la femme dans ce cas-ci en tout cas. Juste une femme qui aimerait plaire à la personne qu’elle aime mais qui ne sait pas comment s’y prendre, donc essaie les clichés habituels sans forcément que ça signifie qu’elle se sente mieux dans sa peau au final. J’ai trouvé d’ailleurs que le mangaka digressait beaucoup sur les intrigues annexes en oubliant parfois le sujet principal, je ne sais pas toi ?
      Quant au gars hétéro queutard sur les bords, c’est vrai que c’est un stéréotype mais je ne l’ai pas pris comme un sous entendu de « tous les hétéros sont ainsi » d’autant que ce personnage est montré avec un réel mal dans sa peau à cause de ses sentiments envers une personne toxique et sa propre toxicité. On le voit à travers cette fugue déjà qui prend plein de place dans le manga. J’ai plus vu cet aspect sex addict, sans sentiments, comme une façon maladroite de se protéger, d’évacuer son mal aussi, parce que c’est destructeur et qu’il veut se détruire. Après j’ai toujours été intéressée par la manière dont s’expriment les personnages en souffrance donc je vais peut être chercher trop loin et si ça se trouve, ce sont bien des maladresses ^^’ C’est juste que je me souviens l’avoir plutôt lu sous cet angle. Mais c’est intéressant de lire un avis totalement différent du mien, ça permet de remettre les choses en perspective.
      Par contre je suis d’accord quand tu dis que la résolution du problème de départ semble un peu simple. Je souhaite à toutes les personnes transgenres de trouver une réponse à leur mal-être aussi rapidement… Comme je l’ai mentionné plus haut, ou il aurait fallu un tome supplémentaire ou il aurait fallu moins s’attarder sur les personnages secondaires.

      • Merci pour ta réponse éclairante. C’est fou comme à partir des mêmes images on n’a pas du tout le même ressenti. Tu me donnes envie de le relire quand je serai dans le bon mood pour voir si j’arrive à le voir plus positivement car clairement il y quelque chose à creuser ici.
        Par contre, je suis bien d’accord avec toi pour dire qu’il y a trop de digressions et qu’on oublie le sujet principal en cours de route, ce qui pousse peut-être à ce sentiment de précipitation à la fin.
        Merci pour cet échange en tout cas 🙂

  2. Pingback: C’est le 1er, je balance tout ! septembre 2020 | Light & Smell

  3. Je l’ai lu et chroniqué et je garde un bon souvenir du premier tome, un peu moins du deuxième que j’avais trouvé précipité sur la fin.

    Je ne saurais dire si le sujet est traité avec réalisme, n’étant pas concerné par ce dernier, mais en tout cas, il y avait une sensibilité qui m’avait beaucoup plu ^^

  4. J’aime beaucoup ta chronique pleine de sensibilité et d’humilité.
    Comme toi, je connais fort peu le thème de la transidentité et ce manga semble être un moyen intéressant d’en apprendre plus d’autant que le faire à travers l’expérience d’un personnage rend le sujet plus palpable et possède une charge émotionnelle à laquelle je ne suis pas insensible.
    Quant au choix de la maison d’édition de changer le pronom d’un tome à l’autre, je le trouve très intéressant.

    • Merci pour ton compliment ! J’avoue avoir repoussé la sortie et l’écriture de cette chronique, j’avais peur de ne pas être légitime, d’en parler maladroitement… C’est pour ça que j’ai finalement décidé d’inclure une partie plus personnelle dedans pour expliquer où je me situais par rapport à cette œuvre.
      Si tu la lis un jour je serais ravie d’en discuter plus dans le détail 🙂

  5. Il fait partie des titres de chez Akata que je n’ai pas lu mais qui m’intriguent. Je ne peux pas dire que je sois très au fait de la question de la transidentité non plus, mais ça ne m’empêche pas de vouloir m’y intéresser.

    Je ne pourrai pas te donner de liens car le titre est sorti il y a quelques temps mais j’ai souvenir d’en avoir lu beaucoup de bien lors de sa sortie.

    Et comme tu le dis, Akata est plutôt un éditeur de confiance, qui ne publierai pas un titre qui ne traite pas avec pertinence ce genre de sujet.

    • Merci pour ton commentaire ! J’espère qu’on aura l’occasion d’en discuter après ta lecture 🙂 C’est vrai que mon premier contact avec Akata (via Freaks Café) avait été en demi teinte mais depuis je ne lis que de (très) bons titres chez eux et j’apprécie énormément leur démarche !

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