Les Chaînes du Silence – Céline Chevet

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Les Chaînes du Silence
est un roman de fantasy écrit par l’autrice française Céline Chevet. Nouveauté d’avril aux Éditions du Chat Noir dans la collection Griffe Sombre, vous trouverez ce titre au prix de 19.9 euros au format papier mais aussi en promotion numérique à 1.99 euros jusqu’à la fin du confinement et ce dés aujourd’hui ! Profitez en 🙂
Je remercie les éditions du Chat Noir pour ce service presse.

Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé de cette autrice avec son premier roman La fille qui tressait les nuages, grand gagnant du #PLIB2019. Elle signe ici une œuvre totalement différente mais dans laquelle elle affirme toute l’étendue de son talent.

De quoi ça parle?
Nathanaël souffre d’une grave maladie pulmonaire et ne va pas tarder à mourir. Il rédige alors un journal à l’attention de Kael, le vampire avec qui il a vécu pendant six ans et qu’il considère à la fois comme un frère, un fils et un ami. Ce journal, un autre vampire dont on ignore l’identité le lit en cherchant à retrouver Kael car ce dernier possède un savoir dont le Vampire a besoin pour sauver un être cher.

Des vampires d’un nouveau genre.
Le premier point particulièrement remarquable de ce récit est la figure du vampire proposé par Céline Chevet. Il est habituel de croiser ce type de morts-vivants en tant qu’être humain devenu immortel et assoiffé de sang. Ici, ce n’est pas le cas. Les vampires appartiennent à une espèce différente, elle aussi humanoïde, et vivent en parallèle de cette civilisation humaine qui prend de plus en plus son essors. Les vampires de Céline Chevet ne parlent pas, ils ont développé un système de langage basé sur les sons, les impressions, et chacun peut s’exprimer par ce biais dans l’esprit des autres. Cela implique que les vampires n’ont pas de nom ! Les nommer, c’est les restreindre si bien que quand Nathanaël donne un nom à Kael… Et bien, vous verrez.

Ces vampires représentent une communauté divisée en clans, qui possède un noyau métaphysique propre dans lequel chaque individu tire les connaissances nécessaires à son existence. Ils sont aussi capables de se rendre dans l’Entre-deux où ils passent une partie de la journée afin d’éviter le soleil. C’est bien l’un des rares élément (avec l’argent) repris des classiques par l’autrice dans son univers : la crainte du feu, une terreur primale qui, ironiquement, marque la genèse du progrès chez l’Humain. J’ai trouvé les décisions de Céline Chevet sur cette race vraiment originales. Elle souffle un air frais sur cette créature trop souvent exploitée de la même manière.

Les vampires se sentent supérieurs aux humains mais l’autrice ne tombe pas dans l’anthropomorphisme ou dans le dédain qu’on a l’habitude de croiser. Les vampires ne ressentent pas vraiment d’émotions, rien de comparable à nous. Ils se considèrent au-dessus des humains comme les humains se considèrent au-dessus d’une abeille (pour reprendre la comparaison prise dans le roman). Ça ne les empêche pas de bien les traiter (pour certain) et de ne pas chercher à les massacrer ni à les dominer, tout comme ça n’empêche pas l’abeille d’être indispensable au cycle de la vie. Il existe pourtant certains conflits, en fonction d’où on se trouve et des actes de chacun. Attaquer un vampire appelle une répression violente. L’harmonie n’existe pas partout et recule de plus en plus face à la révolution industrielle (je vais y revenir plus loin). Outre ces deux espèces, il existe également des Bêtes qui sont des animaux modèle géant, mélangés avec des plantes, des arbres, bref qui représentent la Nature dans ce qu’elle a de plus beau. Ces Bêtes servent de nourriture aux vampires mais un équilibre existe. Les vampires ne chassent que les plus faibles. Finalement, ce sont les humains qui posent problème dans la continuité du cycle.

La figure de l’humain et le progrès industriel.
Il est difficile de définir une géographie ou une époque précise pour le roman de Céline Chevet, raison pour laquelle j’ai parlé de fantasy dans ma présentation de départ. L’époque dépeinte ressemble d’abord à une sorte de petit village du Moyen-Âge. Puis on apprend l’existence de l’imprimerie via Nathanaël qui y travaille. J’ai donc pensé que l’histoire se déroulait au 15e siècle car la technologie n’est pas encore répandue partout. Mais plus on avance dans le roman et plus les indices se multiplient. On parle d’usine, d’industrialisation, d’armes à feu, des concepts qui n’arrivent (si je ne me trompe pas) que bien plus tard. De plus, si l’ensemble dégage une impression très européenne, les villages cités par l’autrice n’existent pas dans notre réalité. Du moins pas selon ma recherche sur Google. J’ai eu le sentiment que Céline Chevet construisait tout son texte comme une grande métaphore. C’est d’autant plus vrai que dans cette société, les éléments surnaturels sont acceptés et connus de tous, ce qui est une caractéristique de la fantasy et la différencie, en France, du fantastique.

Si je précise cela c’est parce que le progrès industriel a une grande importance dans l’univers. Il représente le recul de la nature, les Bêtes souffrent et certaines en viennent à chasser dans les villages pour ne pas mourir de faim. Difficile de ne pas y voir de métaphore ou d’engagement écologique. À l’instar de notre réalité, il existe des personnes qui prônent une meilleure harmonie avec la nature mais celles-ci ne sont pas toujours bien vues partout. Il n’y a justement que dans les villes qui traitent avec les vampires qu’on les laisse s’installer et prospérer. On comprend pour quelle raison grâce à une histoire racontée par l’un des prêtres à Nathanaël et qui invite à la réflexion. Oui, la nature a ses dangers. Mais ne nous protège-t-elle pas aussi d’une certaine manière ?

Entre passé et présent, une narration particulière.
Nathanaël est le personnage principal des Chaînes du Silence mais on ne le rencontre jamais de manière directe. Il n’existe que dans les extraits de son journal. Dés le départ, l’autrice nous informe de sa mort à travers la voix de son personnage qui explique les raisons de son écrit. Les pages du journal nous permettent de découvrir Kael mais aussi la société des vampires, avec ses rites, ses exigences, qui tranchent avec tout ce qu’on a pu connaître jusqu’ici dans la littérature liée à cette créature. Ce journal est lu par le Vampire, un personnage en quête de Kael pour une raison obscure qui se révèle à la moitié du roman et que je vais éviter de vous divulgâcher. Ce personnage est accompagné par la Fillette, une humaine dont on ignore également le nom et qui se retrouve à errer dans la forêt, seulement armée d’un couteau en argent. C’est elle qui, à plus d’une reprise, va lire le journal de Nathanaël et y trouver un écho dans sa propre situation. Elle choisit de totalement se dévouer au Vampire, qu’elle appelle Maître, et leur collaboration va déteindre sur la créature qui commencera à apprendre quelques émotions.

Les deux duos sont passionnants à suivre pour plusieurs raisons. Déjà, l’autrice exploite énormément de sentiments mais jamais de la romance. J’ai été particulièrement sensible à la mise en avant de sentiments d’amitié très forts, de fraternité entre espèces, ça change et c’est bienvenu, surtout dans la littérature vampire (je sais, j’insiste). Le décalage qui existe entre Nathanaël et la société vampire permet de comprendre les différences et de ne pas tomber dans la facilité de l’anthropocentrisme puisqu’on voit Nathanaël commettre cette erreur. Évidemment, cela apportera son lot de frustration mais je vais y revenir. Ensuite, concernant le Vampire et la Fillette, leur relation s’entame d’abord sur du pragmatisme. Le Vampire protège la Fillette dans le but de la manger plus tard, histoire de ne pas perdre ses forces dans sa longue quête. Et la gamine le sait parfaitement, elle accepte cette situation. Mais à force de la fréquenter, il va développer une forme d’attachement parfaitement aberrante au point qu’il ne le comprend pas lui-même pendant longtemps. Si la Fillette parvient à saisir les comportements et habitudes de son Maître, c’est justement grâce à la lecture du journal. Passé et présent se répondent, certes parfois un peu trop bien mais on pardonne volontiers.

L’empathie, la clé pour un avenir meilleur ?
Les Chaînes du Silence est un roman complexe et écrit comme une grande métaphore. Il mériterait une analyse en profondeur mais je ne peux m’y plier sans vous gâcher le plaisir de la découverte, déjà que j’ai l’impression d’en avoir trop dit. Je vais toutefois finaliser en parlant de ce qui est selon moi le centre de ce roman, à savoir l’importance du sentiment d’empathie et à quel point il pourrait sauver notre avenir. Et non, je n’en dis pas plus, vous verrez en lisant 😉

La conclusion de l’ombre :
Les Chaînes du Silence est un roman de fantasy surprenant et original. Ne vous attendez pas à un énième texte sur les vampires qui respecte les codes institués auparavant dans cette littérature. Céline Chevet préfère réinventer cette race et propose ainsi un texte intimiste accompagné d’une belle métaphore écologique… mais pas que ! Loin de là. Les Chaînes du Silence, c’est ce genre de texte avec lequel on ne doit pas se fier aux apparences. Il y a toujours un second sens derrière le premier qu’on s’amuse à traquer au fil des pages, ce qui le rend d’une incroyable richesse. Puissant, intelligent, le roman se veut à la hauteur du talent de son autrice -qu’on savait déjà gigantesque. Incontestablement, Céline Chevet fait désormais partie des grandes à suivre. Je recommande très chaudement cette nouveauté !

13 réflexions sur “Les Chaînes du Silence – Céline Chevet

  1. Pingback: Sous les sabots des dieux (duologie) – Céline Chevet | OmbreBones

  2. Pingback: [Chronique] Les chaînes du silence, de Céline Chevet – Sometimes a book

  3. J’aime bien le pitch mais j’ai eu du mal avec le style du 1er roman et comme tu mets l’accent sur les métaphores j’ai peur de retrouver ce style lourd qui ne m’intéresse plus en ce moment mais que j’aimais ado

    • Le style n’est pas lourd dans ce roman, il est assez différent de la Fille qui tressait les nuages. Quand je parle de métaphore, je sous-entends que le texte entier est une métaphore mais le style en lui-même est beaucoup plus accessible que dans son premier roman. Au pire il est encore en promotion numérique aujourd’hui jusqu’à minuit au prix de 1.99 euros, c’est pas très cher pour tester 🙂 (mais je ne sais plus si tu lis en numérique ?)

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