#PLIB2020 Je suis fille de rage – Jean Laurent Del Socorro

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Je suis fille de rage
est un one shot fantastique écrit par l’auteur français Jean Laurent Del Socorro. Publié chez ActuSF dans une belle édition à couverture cartonnée et reliée, vous trouverez ce texte au prix de 23.9 euros.
Je remercie Gaëlle, Jérôme et les éditions ActuSF pour ce service presse.

Je suis fille de rage est un roman découpé en cinq parties, une pour chaque année que dure la guerre de Sécession. Le lecteur suit de nombreux personnages dans les deux camps et côtoie même la Mort en personne au fil de ce conflit dont on a tous entendu parler mais dont on sait en réalité peu de choses.

Difficile de résumer autrement et d’une meilleure manière ce texte qui est un véritable roman choral. Jean-Laurent Del Socorro propose une narration à la première personne en variant chaque fois les points de vue. Des en-têtes de chapitre avec des métaphores nous permettent de comprendre qui nous suivons (bien que ça demande un effort de mémorisation parce que les personnages sont vraiment nombreux). Ces chapitres, l’auteur les veut courts, percutants, efficaces. Il alterne une intrigue romancée avec des documents officiels, existants, avec une traduction personnelle. Ces textes sont autant de communiqués de presse (pour se rendre compte à quel point l’honnêteté journalistique, c’est subjectif), des échanges officiels que des correspondances privées entre de fameux généraux et leurs épouses ou enfants. Le roman s’ouvre d’ailleurs sur une petite notice explicative qui aide vraiment à s’y plonger pour comprendre les codes utilisés. Il se termine sur une notice bibliographique qui nous montre à quel point Jean Laurent Del Socorro s’est investi dans ses recherches.

C’est d’ailleurs la première grande force du roman, cette minutie, cette crédibilité, induites toutes les deux par des documents pertinents et un déroulé clair des affrontements auxquels le lecteur assiste. Quand je dis assiste, je dois nuancer. Les batailles sont soit éclipsées, soit vécues du point de vue d’un simple soldat qui n’y comprend pas grand chose, qui suit les ordres, qui a un objectif final et essaie surtout de sauver sa vie. En s’intéressant aux Généraux mais aussi aux simples soldats, l’auteur parvient à brosser un portrait terriblement humain de ce conflit. On croise parfois des personnages quelques lignes, le temps de les voir mourir, souvent bêtement. Personne n’est épargné et le lecteur ne peut pas rester indifférent devant ces évènements qui tendent vers l’absurde. Surtout quand il se rend compte qu’à de nombreuses reprises, une autre décision prise par une autre personne aurait pu permettre à ce conflit de causer bien moins de victimes. C’est frustrant.

Ne vous attendez pas à trouver un roman de l’imaginaire comme on le conçoit habituellement. Il y a bien ici une pointe de surnaturel, à travers le personnage de la Mort qui échange avec Lincoln et s’incarne comme une espèce de conscience. On la recroise à certains autres moments du récit, ce qui apporte toujours un petit peps narratif. J’ai beaucoup aimé cette idée. Son décompte à la craie apporte une violence subtile, une réalité terrible à cette guerre pour le Président qui ne la vit pas directement. Impossible de réduire les morts à de simples chiffres… Glaçant. Brillant.

Comme je l’ai dit, Je suis fille de rage n’est pas le genre de texte qui laisse indifférent, qu’on soit ou non des spécialistes de cette période. Personnellement, je ne connaissais rien du tout sur cette guerre hormis ce que j’ai pu en entendre dans des séries télévisées. J’ai donc découvert avec grand plaisir les tenants et les aboutissants des affrontements, rencontré quelques batailles célèbres, quelques militaires dont l’Histoire a retenu le nom mais ce qui m’a surtout marqué, finalement, c’est l’équilibre subtil trouvé par l’auteur entre transmission historique et Histoire romancée. Jean Laurent Del Socorro apporte ses propres personnages en plus de ceux laissés par l’Histoire et parvient à brosser une multitude de profils : des hommes, des femmes, des Blancs, des Noirs, des unionistes, des confédérés, des observateurs extérieurs. Il ne se concentre pas que sur les affrontements mais aussi sur leurs conséquences, sur la maladie, sur les pertes, sur le découragement, sur la vie et sa fragilité. Finalement, ceux qui survivent ont surtout eux plus de chance que leur voisin… C’est délicieusement cynique.

Petit point de détail, j’ai lu cet ouvrage en numérique mais j’ai eu l’occasion de feuilleter l’objet-livre en librairie. Il est fabuleux. Si vous n’avez pas encore tous vos cadeaux pour ce soir ou que vous avez envie de faire plaisir à un(e) lecteur(rice) c’est vraiment l’idéal. La seule chose que je regrette, ce sont les coquilles encore présentes dans le texte mais rien qui ne résistera à une relecture pour un second tirage, tirage que je ne doute pas de voir arriver tant Je suis fille de rage mérite de connaître un beau succès. Ce texte m’a vraiment convaincue et il a de grandes chances de figurer dans ma sélection des cinq pour le PLIB 2020.

Pour résumer, Je suis fille de rage est une véritable réussite. Jean Laurent Del Socorro nous parle avec justesse de la guerre de Sécession en trouvant le bon compromis entre devoir de mémoire et intrigue romancée. Ce roman n’est pas juste un livre sur la guerre, c’est aussi -et surtout- un ouvrage sur l’humain porté par des chapitres courts d’une redoutable efficacité. Je recommande très chaudement ce texte que j’ai pris un immense plaisir à découvrir !

16 réflexions sur “#PLIB2020 Je suis fille de rage – Jean Laurent Del Socorro

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  7. Perso, je l’ai adoré, mais j’hésite à le sélectionner pour le PLIB à cause de son côté plus historique qu’imaginaire… On verra les autres lectures de la sélection !

    • Bah je trouve que c’est dommage de penser comme ça :/ Parce qu’il y a de l’imaginaire, pas beaucoup mais y’en a, vu qu’il a été sélectionné. Je ne vois pas en quoi il mériterait moins que les autres juste pour ça en fait. Après chacun pose les critères qu’il veut ! Mais c’est dommage.

      • Pour moi, le PLIB est un prix de l’imaginaire, et je ne considère pas ce roman comme un roman de l’imaginaire après lecture(disons en tout cas que l’imaginaire est beaaaaucoup plus développé dans d’autres et de façon, toujours Sel n moi,plus pertinente pour le prix) donc il ne rentre pas vraiment dans les critères selon moi, mais comme tu dis, chacun ses critères de sélection ! J’ai déjà du mal à dire lesquels je vais sélectionné alors que je n’en ai encore lu que 8, donc à voir, rien n’est encore décidé 😉

      • Oui je comprends ton point de vue mais l’imaginaire ne sous entend pas forcément toujours la présence d’énormément de magie ou de surnaturel. Ici je trouve assez impressionnant le tour de force de l’auteur qui parvient justement à mêler deux genres. Après c’est certain qu’il y a des romans beaucoup plus surnaturels et que perso, comme toi, j’en ai lu huit et j’ai déjà du mal à choisir dans ceux là alors je n’ose pas imaginer quand j’aurai lu les 20 :’)

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