Wyld #1 la mort ou la gloire – Nicholas Eames

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La mort ou la gloire
est le premier tome de la saga Wyld écrite par l’auteur canadien Nicholas Eames. En cours de publication chez Bragelonne, vous trouverez ce premier tome au prix de 18.9 euros.

Saga était le groupe de mercenaires le plus renommé et craint de ce côté-ci du Cœur de Wyld. Puis le temps a passé. Ils ont vieilli, ils ont grossi, ils se sont éloignés… Jusqu’au jour où Gabriel vient frapper à la porte de Clay pour lui demander son aide. Sa fille, Rose, est devenue mercenaire et elle est prisonnière d’une cité assiégée par une horde monstrueuse. Il n’y a que Saga pour réussir l’exploit de la sauver… L’heure est venue de reformer la bande.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : ce roman est un gros coup de cœur au point que j’ai étouffé mon esprit critique pendant ma lecture (quand je dis étouffé, il s’est saboté lui-même pour me laisser prendre mon pied avec ce livre tellement c’était bien!). Si on veut être honnête, après coup, on se rend compte que l’intrigue reste basique, que les héros s’en sortent toujours un peu trop biens et que certaines interventions hasardeuses frisent presque le deus ex machina. Pourtant… Merde, ça fonctionne. Ça fonctionne même super bien.

Rien que le concept de base est hyper original. Dans un univers de fantasy médiévale, les groupes de mercenaires sont semblables à des groupes de rock. On les appelle d’ailleurs les roquebandes et ils réalisent des tournées sous forme de missions périlleuses, en compagnie d’un barde pour créer des chansons sur leurs exploits. Ils ont même des managers ! Comme le dit B&N sur la quatrième de couverture, si je pouvais, j’irai au concert et j’achèterai le t-shirt. Quant au monde en lui-même, il est très référencé. Un lecteur averti dénichera des clins d’œil à des chansons célèbres, à l’histoire du rock (de la musique, globalement), même à Donjons et Dragons pour tout ce qui tient au bestiaire. Très honnêtement, il y a dans ce livre beaucoup de créatures que je ne connaissais pas et qui amènent cet aspect jeu de rôle plutôt savoureux pour les praticiens comme moi. Je crois que la palme revient quand même à la race druine dont je ne savais rien mais qui a un style de fou (des lapins humanoïdes considérés comme une espèce supérieure, franchement, c’est pas génial?!).

Non content de proposer multiplier les bonnes idées pour son background, Nicholas Eames raconte l’histoire de personnages… Vieux. La bande de Saga a fait son temps, ses membres se sont éparpillés dans différentes directions pour continuer leur petite vie, ils ont vieilli en 20 ans pour la plupart (à l’exception de l’un d’eux qui est resté pétrifié pendant tout ce temps… Pas cool quoi). Du coup, le lecteur n’est pas confronté à des mercenaires extraordinaires qui gèrent du début à la fin, débordent de séduction et de confiance en eux mais plutôt à une bande de vieux copains qui a eu de la chance de survivre jusque là et qui décide de rempiler non pas pour la gloire, mais pour la famille, pour l’amitié.

Ces deux valeurs traversent tout le texte. L’auteur met l’accent sur les liens entre les membres de la roquebande, leurs forces et leurs failles, c’est vraiment une histoire d’amitié masculine vraie et sincère, sans ambiguïté ni romance mal amenée (d’ailleurs il n’y en a pas sauf si on considère les sentiments de Clay pour sa femme). J’avais envie de le souligner parce que c’est vraiment ce que je souhaitais lire en ce moment, ça a provoqué une bouffée d’air frais. Je me suis régalée.  D’ailleurs, l’antagoniste principal prénommé Lastleaf n’est pas un grand méchant ordinaire qui veut bousiller le monde pour le plaisir. Il a longtemps été considéré comme un monstre par l’humanité et du coup considère les hommes comme des monstres à éradiquer. Même si on évolue du point de vue d’humains qui veulent sauver leur peau, les scènes où on comprend ses motivations sont intéressantes et apportent un autre angle de réflexion, une nouvelle vision. Les hordes monstrueuses ne sont pas au service d’un gars cruel qui en a uniquement après le pouvoir et son ego, ça change. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, ce n’est pas non plus un monstriste (humaniste, monstriste… Non?) mais voilà, j’ai apprécié cette subtilité dans un genre souvent trop manichéen.

Clay Cooper est le narrateur de cette histoire. Toutefois, Nicholas Eames n’écrit pas à la première personne. Il braque sa caméra uniquement sur Clay mais à la troisième personne, ce qui donne des interactions et remarques assez savoureuses ainsi qu’une maîtrise de la plume qui surprend, surtout pour un premier texte. J’ai plus d’une fois ri de manière franche (les Screaming qui gueulent ça m’a achevée, c’était si bien balancé) et ça fait un bien fou. Les autres personnages ne sont pas en reste, le temps ne les épargne pas, ils sont tous très humains, un peu fantasques pour certains, on ne peut pas rester de marbre face à tout ce qu’ils traversent. Pour un premier roman, cet auteur s’en tire haut la main et la suite ne peut qu’être meilleur vu les ouvertures laissées par la fin.

Le seul reproche que j’ai peut-être à adresser à Wyld vient de la traduction. Et plus qu’un reproche, c’est plutôt une interrogation : pourquoi traduire certains noms de l’anglais et pas tous? Mon côté un peu carré a tiqué là-dessus. Certaines armes, certains lieux, certains surnoms apparaissent en langue anglaise mais pas les autres. J’aurai eu tendance à tout laisser en langue originale plutôt que de traduire à moitié, c’est vraiment dommage mais on ne va pas se mentir, ça reste un détail.

Pour résumer, Nicholas Eames signe un premier roman de light fantasy sous forme de page turner addictif et maîtrisé. Il mélange le groupe de mercenaires au groupe de rock dans un univers de fantasy médiévale bourré de références, d’humour et d’humanité, axé sur les valeurs de l’amitié et de la famille. Si l’intrigue reste classique, on le remarque à peine tant l’auteur parvient à nous embarquer dans son délire. J’ai adoré et je me réjouis que Bragelonne sorte la suite début de l’année prochaine ! Je vous recommande ce texte plus que chaudement. Voilà un nouvel auteur à suivre.

24 réflexions sur “Wyld #1 la mort ou la gloire – Nicholas Eames

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  11. Je suis entièrement d’accord, c’est le genre de livre où on met son esprit critique en vacances et où on se contente de profiter de la balade. Je suis aussi d’accord, pour un premier roman, c’est une impressionnante démonstration du talent de l’auteur. Et oui, la suite est encore plus forte sur le plan de l’amitié et de l’émotion. Excellente critique, merci !

    • Merci à toi déjà pour la découverte et pour le compliment ! ☺️ Une fois la dernière page tournée je me suis dit que la suite ne pourrait qu’être en dessous, du coup je suis hyper curieuse quand tu affirmes que c’est au dessus. J’ai hâte ! Un auteur à suivre avec attention, sans aucun doute.

  12. J’aime beaucoup ce que tu en dis, ça me donne envie de découvrir ! J’ai une vraie passion pour Bragelonne, de base, mais j’avoue trop peu suivre l’actu littéraire pour être au courant de leurs derniers nés ><
    (PS : "Monstriste", c'est pas mal mais ya un côté "monstre triste" qui me dérange. J'aurais dit quelque chose comme "monstruosisme", je crois ! :p)

    • Perso j’étais un peu fâchée avec eux entre les catalogues entiers de romans qui se ressemblent tous, les séries pas finies, la réédition d’un même auteur en boucle sans rien proposer de nouveau, je m’en suis détachée. Puis en lisant les chroniques enthousiastes de blogueurs qui ont lu ce texte en VO, j’ai craqué et j’ai bien fait. J’espère que ça marquera un nouveau souffle pour la ME qui en a besoin ^^
      Et t’as pas tort pour monstriste xD Ta proposition est pas mal, faisons un sondage 😛

  13. Ouiiiiiiii !
    Faudra que je lise la VF, ça fera que ma troisième lecture du roman.
    Pour ma part je trouve dommage d’utiliser le mot Roquebande, ça met l’analogie un peu trop en frontal alors que la VO utilise juste le mot « groupe ». Mais nous chipotons …

    • Ah je n’étais pas sûre que dans la VO il n’y ait pas une espèce de jeu de mots aussi :’) donc oui effectivement c’est dommage. Mais nous chipotons en effet parce que c’était quand même vachement bien. Donnez moi la suiiiiiite 😣😁

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