L’Enchanteur – Stephen Carrière

23
L’Enchanteur est un one-shot fantastique à destination d’un public 13+ écrit par l’auteur français Stephen Carrière. Publié chez PKJ, vous trouverez ce roman au prix de 18.5 euros.

Daniel souffre d’un cancer qui a déjà gagné la partie. Il va mourir dans moins d’un an et demande une faveur à Stan, son meilleur ami. Stan, c’est l’Enchanteur et il s’est taillé une place de choix au lycée. Il est connu pour ses combines et ses plans fous qui rendent service à ceux qui le sollicitent, ados comme adultes. Daniel lui demande alors de transformer sa mort en un spectacle inoubliable. Au mieux, Stan a neuf mois. Peut-être moins, parce qu’un mal ancien et surnaturel rôde dans leur ville…

L’Enchanteur ou comment une bande d’amis affronte la mort prochaine de l’un d’entre eux. À cette thématique intimiste et très humaine, touchante à sa manière, l’auteur en rajoute d’autres, modernes, terrifiantes aussi et je ne parle pas de l’aspect fantastique. On peut diviser le roman en deux mondes, comme le dit le narrateur : les bois et la ville. Dans les bois, il y a tout l’aspect surnaturel avec l’exploitation du concept d’égrégore que j’ai trouvé vraiment sympa. Je n’en dit pas plus sur le sujet pour ne pas vous spoiler des éléments de l’intrigue mais il s’agit bien d’un roman fantastique même si on a parfois des doutes dans les cent premières pages. Dans la ville, il y a l’aspect social via la considération négative des jeunes par les adultes, la simplicité avec laquelle on peut manipuler les médias et l’opinion publique. C’est ça qui, personnellement, m’a touchée et effrayée plus que ce qui a trait au surnaturel.

Au sein d’un seul texte, Stephen Carrière réussit donc l’exploit de conjuguer beaucoup de thématiques. J’ai surtout été sensible à l’aspect amitié et humain du texte. Ses protagonistes sont, pour la plupart, très attachants et représentent une diversité presque artificielle. Jenny vient de Russie, c’est une fille garçon manquée dont le père pratique les arts martiaux qu’il lui enseigne depuis longtemps. David est le petit juif malingre de la bande. Daniel est le garçon noir, cancéreux, un peu gros. Stan est le petit blanc débrouillard, super intelligent qui possède une aura incroyable. Quant à Moh, l’arabe de la bande, il est aussi le narrateur de ce roman. Passionné de culture, de théâtre, il offre un regard intéressant sur toute l’histoire.

Qu’on se comprenne bien. Je ne dis pas que « dans la vraie vie » une bande aussi hétéroclite ne peut pas exister. Simplement, j’ai eu l’impression que l’auteur se sentait obligé d’inclure énormément de diversité ethnique. Et ça me convient très bien sauf qu’ici ça sonne faux. C’est un sentiment tout personnel renforcé par le seul vrai gros point négatif de ce texte selon moi: son style d’écriture, couplé à son choix narratif.

Le narrateur, comme je vous l’ai dit, c’est Moh, l’arabe cultivé de la bande. Il raconte l’histoire après les évènements sous forme d’un roman qu’il est en train d’écrire (et nous de lire). Dans le tout dernier chapitre qui fait office d’épilogue, il explique que pendant des mois il a « interviewé » les différents protagonistes pour offrir un récit au plus proche de la vérité (bien qu’il admette lui-même que ce soit un idéal difficile à atteindre). Moh est un adolescent, il a une quinzaine d’années, peut-être seize quand il écrit son livre. Pourtant, il s’exprime comme un adulte et avec beaucoup trop de maturité. Je peux accepter que des évènements traumatisants comme ceux auxquels ils ont assisté puisse faire grandir mais à ce point? J’ai un doute. Alors d’accord, il est très cultivé, passionné par le théâtre (ce qui justifie toutes les citations de Shakespeare, entre autres) son oncle est libraire spécialisé dans les livres anciens, mais ça ne suffit pas pour donner à cette narration un réel crédit. De plus, il écrit des chapitres du point de vue de ses amis en parlant de leur intimité (c’est quand même moyen…), de la fille dont il est amoureux (je vous jure, y’a personne que ça gêne ?) mais aussi d’adultes que je vois mal se prêter à l’exercice de l’interview vu ce qu’on dit d’eux dans le livre.

Malgré ce bémol, j’ai apprécié ma lecture de ce roman. Il a su me toucher avec ses thématiques et ses ambitions aussi grandioses que naïves. En fait, ç’aurait presque pu être un manga. Je pense d’ailleurs que sur ce médium, je l’aurai davantage apprécié.

Pour résumer, l’Enchanteur de Stephen Carrière est un roman fantastique à destination d’un public adolescent qui brasse de nombreuses thématiques comme la mort, l’amitié, mais aussi la réalité socio-culturelle à travers le prisme des jeunes. Si je n’ai pas été convaincue par sa narration, j’ai tout de même passé un bon moment avec ce texte qui est un chouette divertissement.

12 réflexions sur “L’Enchanteur – Stephen Carrière

  1. Pingback: Ma wishlist de l’hiver – Entre deux lignes

  2. Pingback: BML #17 – novembre 2019 | OmbreBones

  3. Je ne suis pas sûre d’accrocher à ce genre de roman même si il a effectivement l’air divertissant!J Je comprends ce que tu veux dire avec le côté artificiel! C’est comme le fait de mettre un couple homosexuel. J’ai lu un livre récemment où l’autrice en avait placé plusieurs au niveau de ces personnages secondaires et j’ai vraiment cette impression que c’était pour dire d’en mettre (d’ailleurs je voulais en parler dans ma chronique mais j’ai oublié!^^). Autant dans certains cas, cela semble naturel autant parfois non!…

    • Je ne sais pas si tu accrocherais en effet 🤔 j’hésite. C’est quitte ou double selon moi. Mais je ne pense pas le garder donc si tu veux quand on se voit à un salon je peux te le filer et tu en feras ce que tu veux xD
      Et oui en ce moment il y a un effet de mode comme si ton roman avait un cahier des charges à respecter… Ce qui est ridicule. Et triste. Ça ne rend pas du tout service à la promotion de la diversité. Mais bon ! Peut être que je me trompe et que c’est juste le style de l’auteur qui n’a pas fonctionné avec moi.

  4. J’avoue que vu la situation actuelle sur la question de la représentation, que ce soit en littérature ou au cinéma, j’ai moi aussi parfois l’impression que ce genre de bande hétéroclite n’est pas une véritable volonté de l’auteur, mais une case à cocher pour « faire plaisir » au lectorat. Un peu comme si pour certains de ces auteurs, ce n’était qu’une mode littéraire à suivre pour être lus, et non un véritable sujet sociétal. Je ne sais pas si je suis claire. ^^
    Enfin bref, de ce que tu en dis, je ne pense pas que ce soit fait pour moi.

    • Oui tu es très claire et c’est le sentiment que j’ai eu. Après, c’est peut-être moi qui chipote, je ne sais pas… J’ai du mal à mettre de vrais arguments sur « pourquoi » >< J'ai juste ce sentiment d'artificialité. Ça reste un livre très sympa et je ne regrette pas ma lecture mais voilà, comme tu le dis je doute que tu y trouves ton compte sur l'aspect représentation.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s