Le Regard – Ken Liu

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Le Regard
est une novella d’anticipation / science-fiction écrite par l’auteur américain d’origine chinoise Ken Liu. Publié dans la collection Une Heure Lumière du Bélial, vous trouverez ce texte au prix de 8.90 euros.

Ruth est détective privée, obstinée et augmentée par une technologie jugée illégale. Une mauvaise décision la ronge depuis des années et une enquête sur la mort d’une prostituée va peut-être lui donner l’occasion de se racheter.

J’entends beaucoup parler de cet auteur sur la blogosphère et je m’attendais peut-être à autre chose comme premier contact. Un texte plus… Fort. Que ce soit clair, cette novella est efficace. Elle remplit son rôle en tant que divertissement policier, de roman noir dans un futur pas si lointain où les améliorations corporelles existent sans être totalement légales. Il y a de bonnes idées, comme celle du Régulateur. Mais je trouve que l’auteur ne va pas assez loin.

Je m’attendais à un traitement plus poussé des problèmes engendrés par cette technologie. Pour Ruth, c’est une mauvaise décision qui la pousse à garder son Régulateur allumé 23 heures sur 24, histoire de ne plus ressentir cette écrasante culpabilité. Dans cette novella d’anticipation (ou de science-fiction? La frontière est mince, je ne suis pas spécialiste des genres de ce type-là), le Régulateur est une technologie qu’on impose aux policiers afin de juguler leurs émotions pour les rendre plus efficaces. Normalement, le Régulateur ne doit pas fonctionner en permanence car il cause des dommages au cerveau mais Ruth le laisse tourner, incapable d’affronter ses cauchemars et sa culpabilité.
Et… voilà.
Il ne sert pas l’intrigue en elle-même. Il s’agit d’un élément perdu dans la masse, qui se désactive lors du final pour laisser la place à un autre choix, dicté par les émotions de l’héroïne, au point qu’il aurait pu ne pas être présent du tout finalement.

Et ça m’a déçue parce que l’auteur entrebâille des portes sans aller plus loin au point que les lecteurs inattentifs reposeront ce livre en se disant qu’ils ont lu le script d’un épisode sympa d’une série américaine standard. La subtilité des questionnements relevée par certains blogueurs est, selon moi, justement trop subtile pour avoir un réel impact. Évidemment qu’on lit une critique sociale sur ce que l’humanité pourrait devenir dans un futur proche. Et évidemment que la question des émotions humaines face à la froideur logique des machines est importante. Mais ce n’est pas le thème central du Regard qui se contente d’être une novella policière classique. Du moins, c’est ainsi que je l’ai ressenti.

Classique mais efficace. Ken Liu utilise l’alternance des points de vue pour emmener son lecteur tantôt dans la psychologie de Ruth, tantôt dans celle du Surveillant alias le coupable. Ruth est une ancienne flic dont on ressent bien les douleurs et la culpabilité. Son passé aussi est plutôt classique, elle remplit son rôle d’archétype en restant convaincante. Tout comme le Surveillant. Il ne tue pas pour le plaisir, il préfère ressentir le pouvoir sous toutes ses formes. Surtout en dénichant des informations sur des personnes hautes placées qu’il va ensuite faire chanter. Classique, une fois de plus, mais il a le mérite d’incarner les dérives d’un système déjà bien mis en place. L’effet est efficace et rendra le lecteur paranoïaque sur du plus ou moins long terme.

On pourrait croire que je n’ai pas aimé cette novella mais c’est tout le contraire. J’ai apprécié ce premier contact bien que son texte ne m’ait pas transcendée. J’ai lu que d’autres nouvelles ou recueils valaient davantage le détour donc je ne vais pas stopper ici ma découverte de l’auteur. Le Regard a l’avantage de se lire d’une traite, un peu comme on regarde une rediffusion de sa série préférée confortablement installé dans le canapé. On n’a pas conscience de tourner les pages au point que quand le final arrive, on s’attend à au moins un épilogue… Mais non. C’est aussi brutal qu’une coupure de courant et c’est probablement voulu par l’auteur.

En bref, le Regard est un texte à la construction plutôt classique en terme d’enquête policière avec des personnages archétypaux qui servent le récit. À mon goût, Ken Liu ne pousse pas suffisamment ses thématiques mais propose quand même un page-turner efficace. Une agréable découverte.

11 réflexions sur “Le Regard – Ken Liu

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  4. Pingback: BML #16 – octobre 2019 | OmbreBones

  5. Tout comme tu l’écris ici, j’ai le sentiment que Liu s’adresse à des lecteurs qu’il estime (ou espère ?) attentifs et subtils. Je pense également qu’il aime davantage mettre en scène des idées et laisser ses lecteurs se dépatouiller avec si tel est leur souhait.
    Même avis qu’Apophis au sujet de « L’homme qui mit fin à l’Histoire », c’est magistral. Les autres textes me paraissent également tous très réussis.

  6. Pingback: Le regard – Ken Liu | Le culte d'Apophis

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