RÉFLEXION – l’autoédition, ce choix (et pas par défaut !)

Salut à tous !
J’avais envie de vous parler aujourd’hui d’un sujet porté à ma connaissance hier et qui, je vais être honnête, m’a choquée. Du coup j’ai décalé mes deux prochaines chroniques afin que ça sorte, je DEVAIS écrire là-dessus. Pour le détail complet, je vous laisse lire l’explication de la principale concernée dans son article : quand un éditeur te renvoie vers l’autoédition.

Oui. Vous avez bien lu.
Et je sais de source sûre qu’elle n’est pas la seule à avoir reçu cette réponse. DU TOUT, même.

Pour vous résumer l’histoire, un éditeur que je ne vais pas citer mais qui pèse quand même lourd dans le milieu a répondu à sa soumission de manuscrit en refusant de la publier. Jusque là, pas de problèmes. Aucune justification mais là aussi, pas de soucis, on sait à quoi s’en tenir et ils sont débordés donc s’ils doivent expliquer le pourquoi du comment à tout le monde, c’est pas six mois de délais d’attente mais six ans dont ils vont avoir besoin. Par contre, ils ont quand même pris la peine dans le mail de lui dire qu’elle pouvait toujours s’autopublier sur Librinova.

Voilà, je vous laisse deux minutes pour digérer avant de commencer à tempêter.

On a donc un éditeur professionnel qui existe depuis des dizaines et des dizaines d’années, une structure assez importante sur le marché francophone qui conseille à une autrice d’autopublier son manuscrit (sûrement chez un partenaire commercial, on ne va pas se mentir, histoire de ne pas se mouiller mais d’y gagner quelque chose. Y’avait même un code promo joint avec qui consistait en le nom de l’éditeur et l’année… sans déconner. Je vous laisse achever le cheminement par vous même.) alors que son propre comité de lecture n’en a pas voulu. Vous allez me dire, peut-être qu’ils l’ont trouvé bon mais qu’il n’entrait pas dans leur ligne éditoriale. Oui… mais non. Parce que l’autrice concernée (ainsi que les autres à ma connaissance) est quelqu’un de sérieux qui se renseigne avant d’envoyer son manuscrit dans une maison, déjà. Et ensuite, parce qu’ils n’ont rien dit de tel dans le mail. De plus, si l’autrice a choisi d’envoyer son manuscrit à un éditeur de type conventionnel, c’est qu’elle désirait ce type d’édition pour son roman. Une chance dans son malheur, il s’agit de quelqu’un du milieu, qui s’y connait et ne va pas tomber dans le panneau mais… Je suis certaine que ce mail a déjà été envoyé à des débutants, des gens qui ignorent tout du fonctionnement de la chaîne du livre et qui ont du se dire « bah oui je vais faire ça, quel bon conseil ! » pour finalement commencer très mal leur carrière et en finir dégoûté.

Outre le problème humain et éthique que cela pose (pourquoi ne pas saturer davantage un marché déjà saturé après tout…), je trouve que c’est une insulte envers tous les auteurs qui choisissent de s’autoéditer. J’insiste sur ce terme car hier quelqu’un de très censé a fait la distinction entre autoédition et autopublication. Le premier implique un travail éditorial identique (si pas davantage soigné vu qu’on ne va pas se mentir, plus l’éditeur est gros et plus il se permet de laisser des coquilles… Pas systématiquement, mais ça arrive trop souvent) que celui des maisons d’éditions de grande envergure là où le second signifie simplement imprimer son roman sans aucune intervention de professionnels, d’aucune sorte (graphiste, correcteur, etc.) parce que on n’a pas les moyens / on n’y connait rien / les lecteurs s’en fichent des fautes (sans rire, on me l’a déjà dit). L’autoédition est un choix, un choix censé que de plus en plus d’auteurs font pour parvenir à vivre de leur art parce qu’il y a un problème dans ce milieu. Même Samantha Bailly a tenté l’expérience ! Quand on pense que la ligue des auteurs professionnels doit se battre pour obtenir un minimum de 10% de droits d’auteur alors que sans l’auteur en question, le livre n’existerait même pas… On évolue dans un système complètement absurde. Alors je comprends l’autoédition et je la soutiens avec plaisir quand elle est faite correctement. J’admets que ça n’arrive pas souvent, mais ça arrive (premier exemple qui me vient à l’esprit: Ielenna, l’autrice des Fleurs d’Opale.)

En tant qu’autrice moi-même, j’ai choisi de travailler avec des maisons d’édition parce que c’est le prix de ma tranquillité et que je ne désire pas vivre de ma plume, je préfère la garder comme un art pour ne jamais devoir me mettre la pression dans l’écriture. Mais qu’un éditeur d’aussi grande envergure crache à la figure des auto-édités et des jeunes auteurs qui n’y connaissent rien, ça me dérange parce que l’auto-édition doit être un choix assumé, pas une roue de secours. Je sais que dans la réalité, c’est le cas pour beaucoup de gens mais ce n’est pas une raison pour encourager cette dérive, que du contraire. J’espère qu’un jour, quelqu’un pensera à sensibiliser le public à toutes ces thématiques, ce serait un premier pas de géant.

Donc voilà. Ce billet d’humeur a pour but premier de vous informer et aussi, je l’espère, de vous amener à réfléchir un peu sur le milieu de l’édition. N’hésitez pas à en discuter dans les commentaires en restant courtois 🙂

Merci pour votre attention !

Édit au 15/10/2019: On vient de me transmettre une enquête très édifiante sur le sujet réalisée par ActuaLitté qui date de février 2018… Ce qui confirme que ces pratiques courent depuis trop longtemps. Je vous donne le lien, c’est très édifiant (et profondément révoltant).

20 réflexions sur “RÉFLEXION – l’autoédition, ce choix (et pas par défaut !)

  1. Coucou ! Il vient de m’arriver exactement la même chose hier ! Apparemment, c’est toutes les maisons du réseau lisez.com, soit une bonne vingtaine de grosses maisons d’édition ! Elles ont d’ailleurs toutes le même système de soumission de manuscrits, sans délai indiqué.

    • Coucou !
      Ouais ça ne me surprend plus du tout en fait. Je m’en doutais un peu vu les noms différents qu’on a pu me donner. Quelle tristesse… Heureusement qu’il reste les plus petites ME qui font un vrai travail.

      • Pas forcément… J’ai eu quelques contacts avec de toutes petites maisons, qui soit essaient également de se faire du fric sur le dos des auteurs, ou soit ont tellement peu de sous que leur contrat est limite moins intéressant que de l’auto-édition (quand il n’y a pas de regard éditorial, de correcteur, de marketing ou de distribution, il n’y a plus vraiment d’intérêt !). Finalement, ce sont les moyennes qui s’en sortent peut-être le mieux, parce qu’à ce stade, il y a un peu de budget, mais la maison est suffisamment petite pour que les éditeurs ou directeurs de collections puissent voir tout ce qu’on leur envoie !

      • Quand je dis petites je pense davantage aux moyennes, les intermédiaires type chat noir ou Mnemos car comme tu dis t’es pas noyé dans la masse et t’as quand même un vrai service ! On est d’accord que les structures minuscules qui te laissent tout gérer c’est pas mieux.

  2. Pingback: [Réagir] Le monde du livre #1 : L’édition – La Bulle d'Eleyna

  3. Je vais aller lire l’article parce que c’est chaud, sacré manque de respect ! L’auto-édition, ça devient de plus en plus un choix, et c’est génial ! Je suis tout à fait d’accord avec toi, j’ai tenu à peu près les mêmes propos dans ma dernière vidéo sur le sujet!

  4. Je veux des noms :-O Vas-y Balance nom de dieu !!!! xD lol !
    Nan mais c’est dommage que les éditeurs en arrivent là et les auteurs sans expériences vont se lancer là-dedans en pensant que ça y est, ils y sont parvenus alors que c’est de la poudre aux yeux (concernant Librinova en tout cas, c’est tellement plus facile que l’auto-édition). Mais en tout cas je ne connaissais pas ces pratiques.

    • Haha certains ont été balancés dans les commentaires mais je me refuse à les donner directement parce que ça ne me parait pas très correct. Je préfère dénoncer la pratique en générale et amener une réflexion pertinente si possible.
      Je ne les connaissais pas non plus mais plus les jours passent et plus je tombe des nues car j’ai reçu des témoignages d’auteurs qui m’ont révélés qu’en réalité il y a bien une dizaine d’éditeurs qui fonctionnent comme ça… C’est une espèce d’arnaque gigantesque et personne n’en parle, je trouve ça anormal. Je ne prétends pas révolutionner le milieu avec ce billet mais j’espère pouvoir ouvrir les yeux de certains.

  5. J’avoue que je ne m’y connais pas suffisamment pour apporter quoi que ce soit au débat. Je n’ai jamais eu l’intention d’écrire, juste profiter des écrits des autres… Et enfin, dans mon esprit auto-édition et auto-publication sont très proches malgré la distinction que tu en fais.
    Je donne une chance de temps à autre à l’auto-édition, mais faut avouer que ce n’est pas bien convaincant jusqu’à présent, surtout quand l’auteur exige que tu revois ta chronique ou « ta note » sur amazon…

    Je perçois parfaitement ton large agacement.

    • On ne va pas se mentir, la majorité des personnes qui choisissent ce mode d’édition débutent dans ce milieu, n’ont pas assez pensé leur médium et pensent tout savoir alors que non. Du coup, ils commentent des erreurs et les lecteurs en paient le prix. La plupart n’ont aussi aucune conscience de comment entretenir de bonnes relations presses (combien de fois j’ai reçu un message copier / coller en masse avec le bouquin numérique en pièce jointe ?) parce que l’air de rien… C’est un métier, la comm. Et c’est pas tout, d’écrire. Heureusement, il y a des auteurs qui s’en sortent très bien (je pense à Ielenna, y’a aussi Thomas Palpant par exemple ou Aspi Deth en romance qui s’est remise en question et a fait un gros et beau travail sur ses romans avec l’expérience qu’elle a acquis au fil des ans) mais ils pâtissent aussi de tous ceux qui font n’importe quoi.
      C’est pour ça que, selon moi, l’auteur doit choisir de s’autoéditer et pas y arriver par dépit parce qu’aucun éditeur ne veut de son manuscrit, sans se remettre en question, persuadé d’être le nouveau Tolkien. Et ce qui est grave avec cette affaire, c’est que des éditeurs professionnels poussent ces auteurs, ces rêveurs, à s’autopublier (là je nuance donc) ce qui va saturer le marché et participer à couler des auteurs qui s’autoéditent en faisant, eux, un travail de qualité. J’ai appris entre temps qu’ils sont plusieurs à user de cette pratique et ça me révolte non seulement en tant qu’autrice mais aussi en tant que lectrice et être humain parce que je ne trouve pas normal qu’on joue comme ça avec les rêves des gens. Tout ce que ces auteurs y gagneront, c’est du dégoût pour leur échec en autopublication. Ces éditeurs devraient plutôt investir dans l’éducation des futurs auteurs, dans le sens mettre en avant un véritable guide du milieu et opter pour plus de transparence. Je ne vois pas l’intérêt de laisser ses soumissions ouvertes pour répondre ce genre de choses. Hormis, évidemment, gagner de l’argent car ils peuvent suivre les ventes et les progressions des auteurs sur la plateforme vu qu’ils y ont accès et gagnent un pourcentage sur les romans qu’ils y ont envoyé. Ça me dégoûte.
      Et oui du coup on doit sentir très fort à quel point je suis agacée x)

  6. Bonjour 🙂 Il me semble qu’il y plusieurs ME qui renvoient vers Librinova. Ils ont un programme d’agent littéraire pour les personnes dépassant les milles ventes, c’est un moyen pour les maison d’édition de récupérer par la suite des romans qui se vendent bien. On ne peut pas faire plus commercial comme démarche.
    Pour les coquilles dans les romans, maintenant que j’ai l’œil exercé, j’en trouve presque partout, mais je ne pense pas que ce soit un phénomène nouveau. Quant aux fautes, tous les lecteurs ne maîtrisent pas l’orthographe, je pense à ma grand-mère, qui lit de temps à autre, je ne crois pas qu’elle serait gêné car elle fait elle-même beaucoup de fautes. Bon honnêtement moi je ne lirai pas un livre truffé de fautes ^^
    Ce que je trouve de bien cela dit avec l’autoédition c’est qu’elle est plus accessible aux personnes issues de milieu défavorisé et aux minorités. C’est important de pouvoir faire entendre d’autres voix 🙂

    • Bonjour ! En effet on m’a expliqué cela via facebook suite à la publication de cet article et comme tu le soulignes, on ne peut pas faire plus commercial. Toujours plus d’argent avec toujours moins de risques, heureusement que tous les éditeurs ne sont pas comme ça mais en attendant, je suis certaine que beaucoup de laissent avoir et c’est très triste.
      Je suis d’accord pour dire que ça ne gêne pas tous les lecteurs mais je trouve tout de même que c’est irrespectueux de ne pas corriger sérieusement son manuscrit. Qu’il reste une coquille ou deux, ça arrive mais j’ai déjà vu et lu des romans avec des fautes toutes les trois ou quatre pages, ce qui n’est pas admissible. Ironiquement, ça arrive souvent chez les éditeurs qui vendent les livres à plus de 20 euros évidemment…
      L’autoédition permet en effet une plus grande accessibilité au milieu littéraire et c’est très positif… Si on se donne la peine de faire les choses correctement. C’est aussi pour ça que des éditeurs comme les Indés de l’Imaginaire ou d’autres structures plus petites existent, ça permet de lire d’autres choses que la mode commerciale. Moi je suis ouverte à tout tant qu’on le fait bien.

      • Oui des fautes toutes les 3 ou 4 pages, ça manque de relecture(s). J’ai de la chance, je n’ai pas le souvenir d’en avoir rencontré autant dans mes lectures ^^. De toute façon, à partir du moment où on décide de faire payer un ouvrage, le maximum doit être fait pour le confort des lecteurs. La simplification de la langue française ne serait quand même pas du luxe ^^. J’aimerais beaucoup que plus de place soit laissée aux petites maisons, qu’elles aient de meilleures chances de survie face aux grosses, j’ai beaucoup de difficultés à trouver des livres qui me plaisent dans l’offre actuelle, je suis pour davantage de diversité 🙂

      • Je te comprends, personnellement je lis majoritairement des ouvrages de « petites » ME ou de moyennes parce que j’y trouve mon compte bien plus que sur le marché actuel. J’aimerai qu’on les mette davantage en avant alors j’essaie à mon niveau comme je peux 🙂

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