Les poisons de Katharz – Audrey Alwett

Les poisons de Katharz est un one-shot de l’autrice française Audrey Alwett. D’abord publié chez ActuSF en 2016 pour 19 euros dans un grand format, il existe une version poche chez Pocket au prix de 9.5 euros.

La cité de Katharz est une ville-prison où la Trisalliance entasse ses criminels. Dirigée par Ténia Harsnik dite la tyranne (le féminin, c’est important) cette dernière doit tout tenter pour garder la population sous le seuil fatidique des 100 000 âmes au risque que le terrifiant démon Sälbeth ne se réveille. L’aide de Dame Carasse ne suffira peut-être pas alors que la limite est presque atteinte…

Dès les premières pages de ce roman, j’ai su qu’il serait un coup de cœur. Le livre s’ouvre sur un extrait d’une vieille légende qui donne déjà le ton humoristique du livre. Inspirée du travail de Terry Pratchett, l’autrice s’inscrit dans une veine semblable et le revendique dans les remerciements. Elle m’a d’ailleurs donné très envie de découvrir l’univers de ce célèbre auteur. D’autres que moi seront plus à-même de proposer un parallèle entre les deux comme Pierre-Marie Sencarrieu qui qualifie l’autrice de digne successeur du maître. Pour ma part, j’ai surtout vu des ressemblances avec le travail de John Lang (surtout pour la clé finale !) et de JBX donc les adeptes s’y retrouveront. quant à savoir qui inspire l’autre, au fond, peu importe tant qu’ils continuent tous à écrire des textes d’une telle qualité !

Le ton décalé n’empêche pas l’univers d’être assez sombre. Dans la ville de Katharz, le meurtre n’est pas illégal et les crimes sont légions. On y trouve des créatures terribles (du croquemitaine au zombie administratif, lequel des deux est le pire à votre avis ?), on y croise des personnes improbables aussi. L’autrice a créé tout un univers crédible, délirant et malsain où j’ai pris grand plaisir à évoluer. À travers une pléthore de situations, elle parvient à glisser quelques éléments de critique sociale et même de critique sur les clichés de la littérature. Rien que sur les licornes et les princesses, ça valait de l’or. Les notes en bas de page valent aussi le détour, sans être trop nombreuses, et apportent juste le supplément nécessaire pour pimenter encore davantage cet excellent texte.

Le ton est admirablement servi par une plume fine et maîtrisée. Le rythme du texte est fabuleux, on ne s’ennuie pas une seule seconde, on ne ressent pas un seul moment de longueur ou à l’inverse, de rapidité. Les échanges entre les personnages sont dynamiques, les situations s’enchaînent parfaitement pour que rien ne nuise à la compréhension tout en entretenant le suspens et la douce ironie de la conclusion me plait beaucoup. Je n’avais plus eu un coup de cœur pour un talent littéraire depuis longtemps et ça me fait du bien.

Les personnages ne sont pas en reste au milieu de cette avalanche de compliments. Évidemment, vu le contexte, l’autrice utilise beaucoup d’archétypes mais elle parvient à leur donner une vie propre. Ténia est touchante à sa manière, je pense que c’est la protagoniste qui m’a le plus marquée et surprise aussi dans son développement car je ne m’attendais pas à certains éléments (faut dire que je suis un peu naïve parfois). Elle change des héroïnes habituelles et assume malgré son jeune âge. Quant à Dame Carasse, c’est une vraie sorcière comme on en aimerait en croiser plus souvent !

J’aimerai trouver des éléments négatifs à relever mais, à mon goût, ce roman est parfait. Il exploite un genre que j’adore (la fantasy) en y ajoutant un humour bien maîtrisé (ni trop lourd, ni trop péteux) avec une intrigue solide et des personnages attachants. J’ai souvent ris comme si je lisais un roman du Donjon de Naheulbeuk, le côté jeu de rôle en moins et avec une finesse de ton digne de Reflets d’Acide. J’ai eu du mal à reposer mon livre ne fut-ce que pour dormir. Ce texte d’Audrey Alwett est une magnifique réussite et je ne regrette qu’une seule chose : ne pas l’avoir découvert plus tôt !

Pour résumer, les Poisons de Katharz est un roman de fantasy humoristique qui remplit son rôle de bon divertissement et d’hommage à Terry Pratchett tout en gardant une vraie personnalité. Un one-shot à dévorer de tout urgence et un vrai coup de cœur pour moi, je le recommande chaudement !

19 réflexions sur “Les poisons de Katharz – Audrey Alwett

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  8. Je l’ai lu il y a deux ans maintenant, après en avoir entendu beaucoup de bien pour son côté Pratchett, et si l’aventure a été agréable, j’ai justement regretté d’y avoir retrouvé tant de personnages connus, ou de variations proches. Je suis peut-être de l’autre côté de l’expérience, à avoir lu « trop » de Pratchett (c’est faux, on n’en lit jamais trop), mais j’attendais un petit plus que je n’ai pas trouvé ;-). Cela dit, je n’en garde pas un mauvais souvenir non plus, et il avait des qualités indéniables :-).

    • C’est intéressant d’avoir le point de vue de quelqu’un qui a lu Pratchett justement, merci pour ton avis 🙂 Il faut vraiment que je me mette à cet auteur, le seul roman que j’ai lu c’est celui co signé avec Neil Gaiman, De Bons Présages (autre coup de coeur d’ailleurs).

      • De bons présages est fantastique, oui, et c’est amusant de voir l’évolution dans la structure narrative des romans du Disque-Monde après la collaboration Pratchett-Gaiman (preuve s’il en fallait que même les plus grands s’améliorent !)

  9. Étant grande fan de Pratchett, ça donne carrément envie ^^ J’ai juste un peu peur que ce soit peut-être « trop ressemblant », avec les notes de bas de page etc, mais si persiste une vraie personnalité comme tu dis eh bien pourquoi pas !

    • Et bien les notes en bas de page je vais dire il y en a peut être cinq ou six sur tout le roman mais elles font mouches à chaque fois ! J’ai relevé cet élément parce que j’avais lu l’amulette de Samarcande que j’ai abandonné justement à cause d’un abus des notes « humoristiques » en bas de page du coup j’ai été contente de croiser une autrice capable de bien doser cet élément. À mon avis si tu aimes Pratchett, vu que l’autrice l’adore aussi, tu devrais t’y retrouver 🙂

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