Voyageur #1 L’espace d’un an – Becky Chambers

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L’espace d’un an
est le premier tome de la série Voyageur écrit par l’autrice américaine Becky Chambers. Publié chez l’Atalante dans sa collection La Dentelle du Cygne, vous trouverez ce roman au prix de 23.90 euros partout en librairie.
Je remercie Emma et les Éditions l’Atalante pour ce service presse !

Le Voyageur est un vaisseau tunnelier, c’est à dire qu’il creuse l’espace pour créer des passages entre différentes galaxies. Rosemary vient d’être engagée comme greffière à son bord et semble fuir un lourd passé. Dans une narration à différents points de vue, Becky Chambers nous raconte le voyage d’un an effectué par le Voyageur pour rejoindre une lointaine planète torémi qui doit être reliée au reste de l’Union Galactique suite à des accords diplomatiques qui ne font pas franchement l’unanimité.

Je ne savais pas précisément à quoi m’attendre avec ce roman. En général, quand je lis de la SF, j’espère des batailles spatiales, du militaire, de gros enjeux scientifiques. Comme je débute dans ce genre, je me réfère beaucoup à ce que je connais : Scalzi, Weber… Il n’y a pas grand chose de tout cela au sein de l’Espace d’un an et pourtant, j’ai vraiment apprécié ce texte.

Becky Chambers prend le parti d’une SF orientée sur les sentiments, les émotions, la famille que constitue le Voyageur. Sur le social, devrais-je dire, et sur tout l’aspect anthropologique / xénologique. Ainsi, les personnages et leurs cultures sont la grande force du récit. L’autrice les présente les uns après les autres, via des scènes clés et chaque en-tête de chapitre permet de suivre la date où se déroulent ces moments quotidiens, parfois séparés de longues périodes à vide.

Le lecteur rencontre d’abord Rosemary et c’est une entrée en matière qui m’a un peu refroidie car au premier abord, elle me paraissait très clichée, peu intéressante. Une humaine qui fuit sa planète natale (Mars) sans jamais trop en révéler… Ce qui est arrivé est tellement horrible, blablabla. Je roulais des yeux. Puis sont arrivés les autres. Le capitaine Ashby Santoro, un humain exodien droit dans ses bottes qui essaie de jongler avec ses différentes casquettes et la relation secrète qu’il entretient avec une autre capitaine d’une race différente de la sienne. Sissix, la pilote reptilienne appartenant à la race aandrisk qui a une culture et des mœurs très éloignés de ce qu’on croise habituellement au coin de la rue. Jenks, le technicien de petite taille et étrangement formé qui est amoureux de Lovey, l’IA dotée d’une personnalité qui gère le vaisseau. Le Docteur Miam, l’un des derniers représentants d’une race en voie de disparition qui apporte son lot de sagesse. Ohan, infecté par un virus qui fait de lui une paire sianate et lui permet de percevoir l’imperceptible dans l’espace. Kizzy, l’autre technicienne totalement excentrique qui n’aurait pas cloché dans Borderlands. Corbin, le misanthrope qui s’occupe des algues (et donc du carburant) du vaisseau, un spéciste franchement désagréable à qui on collerait bien une claque ou deux.

Ce panel de personnage permet d’une part de développer plusieurs cultures intéressantes et d’autre part d’exploiter des thématiques vraiment importantes qui cassent nos habitudes anthropocentristes. Quand Rosemary rencontre l’équipage pour la première fois, elle essaie de comprendre les mœurs aliens avec ses propres valeurs et doit se rappeler sans arrêt que ça n’a pas de sens. Comme Becky Chambers multiplie les points de vue, ça permet aussi d’être dans la tête des aliens comme Sissix qui a du mal avec les habitudes des humains, qu’elle trouve prise de tête. D’ailleurs, dans une discussion qu’elle a avec le Docteur Miam, elle dit une phrase qui m’a fait sourire: si seulement ils pouvaient être NORMAUX ! Ça nous fait grandement relativiser le concept de normalité et j’ai adoré ce bousculement dans mes habitudes.

L’univers en lui-même m’a paru bien construit et crédible. Becky Chambers donne un certain nombre d’informations pertinentes sans trop noyer le lecteur (même s’il y a des longueurs) et utilise certaines astuces comme des échanges de mail ou des recherches effectuées par Rosemary. Hélas… Tout cela a beau créer un roman riche, il est aussi assez lent. Les trois premiers quarts du roman sont consacrés à la vie quotidienne de l’équipage et s’il y a parfois un peu d’action, elle disparait vite au profit des conséquences psychologiques sur chacun d’eux et des intrigues privées de l’un ou l’autre. Cela plaira aux lecteurs qui aiment quand le récit se met tranquillement en place mais L’espace d’un an est très clairement un tome introductif, voué à poser les bases, initier le lecteur pour la suite que j’imagine plus intense en action. C’est seulement sur le dernier quart que survient un évènement violent mais il ne dure finalement pas si longtemps que ça. Ses conséquences, par contre…

Malgré cette lenteur, j’ai vraiment aimé ma lecture et le soin apporté par l’autrice, par exemple, à l’utilisation de pronoms comme iel pour désigner les espèces asexuées ou le pluriel pour la paire sianate (ce qui donne de drôles de phrase !) vu qu’ils sont deux dans un seul corps. Tout, dans ce livre, jusqu’à la forme du récit, passe un message de respect des différences et de tolérance qui ne peut qu’avoir un gros écho dans notre société actuelle.

Pour résumer, l’Espace d’un an est un très bon livre que je conseille plutôt à des débutants en SF (ce que je suis !). Becky Chambers propose de peindre le portrait d’une famille de cœur à bord du vaisseau tunnelier Voyageur. Son roman, très orienté sur la psychologie et la découverte de son univers, est clairement un tome d’introduction qui souffre d’un rythme assez lent sur la majorité du titre car il prend pas mal le lecteur par la main en enchainant les scènes d’exposition afin de détailler les particularités socio-culturelles de chacun. Il doit très clairement être lu dans l’optique de continuer la saga et en acceptant son statut introductif. L’autrice réussit très bien ses personnages auxquels on s’attache et pour qui on se passionne. Elle a créé un univers crédible (selon moi) et intéressant au sujet duquel j’ai très envie d’en apprendre davantage. Je vais donc continuer avec plaisir la saga Voyageur que je recommande pour débuter dans le genre.

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13 réflexions sur “Voyageur #1 L’espace d’un an – Becky Chambers

  1. Haha ! J’ai trop aimé ton rapport avec la SF (plein de batailles spatiales, du militaire, des gros enjeux scientifiques xD c’est tellement moi aussi !). Puis tes références, c’est tellement le haut du panier, que veux-tu apprécier après ça ? xD lol !
    Ce livre me fait friser le nez depuis…l’espace d’un an…. (Rho qu’elle était facile xD). Blague de mauvais goût à part, je me le suis procuré en numérique et je crois que ce côté intimiste et très diversifié en termes de personnages a pris le pas sur mon goût prononcé pour les batailles de grande envergure. Un peu de douceur dans ce monde de brute. Ton appréciation me fait dire que j’ai effectué un bon achat. Y a tellement un tome 2 en plus.

    • En effet c’est difficile d’apprécier d’autres auteurs mais pas impossible :p tu as eu du nez pour cet achat, j’ai reçu la suite donc je vais la lire bientôt je pense afin de voir si tout ce que je pressens sera bien présent o/
      (je ne relève pas les blagues mais n’en pense pas moins 😂)

  2. Pingback: BML #15 – septembre 2019 | OmbreBones

  3. je ne crois pas que seuls les débutants l’apprécieront. Même si je sais bein que tu n’est pas réductrice sur le public ciblé. Ce que je veux exprimer c’est que le roman touche essentiellement les rapports humains, et il faut le lire avec cette perspective. La Sf semble un cadre plus qu’un moteur en revanche. Bref, un laboratoire spécial! 🙂

    • Oui c’est ce que j’ai voulu peut être maladroitement expliquer. Ce roman aurait pu se dérouler de nos jours dans une entreprise multiculturelle par exemple ou dans un contexte de fantasy médiévale, avec un bestiaire propre au genre. L’idéologie resterait bien présente. Pour reprendre ton expression, la Sf sert « juste » de cadre, c’est très différent de ce que j’ai pu lire dans ce genre jusqu’à présent et c’est ce qui me fait dire qu’un amateur de sf pure et dure sera probablement interloqué par ce texte qui ne répondra pas à ses attentes habituelles. Déjà moi c’était un peu le cas au départ alors une personne confirmée… Cela ne signifie toutefois pas qu’il ne peut pas l’apprécier 🙂 bref ça mérite une petite reformulation de ma part je pense. Merci pour ton commentaire !

    • Je ne pensais pas non plus ! Je l’ai appris en écrivant ma chronique haha mais je n’étais pas très surprise. Après je pense qu’ils peuvent se lire de manière indépendante mais je pourrai le jurer après ma lecture de la suite ! Je pense en effet que si tu as envie de lire de la sf et que tu débutes c’est un bon roman pour se lancer 🙂

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