Terre de Brume #2 le choix des élues – Cindy Van Wilder

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Le choix des élues est le second (et dernier) volet de la saga Terre de Brume écrite par l’autrice belge Cindy Van Wilder. Publié chez Rageot, vous trouverez ce volume au prix de 16.90 euros dans toutes les librairies.
Ceci est ma quinzième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Souvenez-vous, je vous avais parlé du premier tome lu dans le cadre du PLIB2019.
Je vous rappelle en quelques mots le principe car je ne compte pas vous spoiler le contenu de l’histoire. Au sein d’un univers typé fantasy, l’utilisation de la magie génère une Brume qui finit par provoquer le Bouleversement. La Brume prend une trop grande ampleur et devient corrosive, ce qui est néfaste pour le monde au point de détruire beaucoup d’éléments de l’ancien monde, dont la nature. Les humains survivent dans des bastions, sous la protection de praticiens d’une magie élémentaire (eau, feu, air ou terre). On apprend aussi que certaines formes de magie semblent disparues et on en ignore pour l’instant la cause. Le roman se centre sur Héra, une prêtresse de l’eau et Intissar, une Sœur de Feu qui vont s’unir pour affronter les vagues de monstres dans la Brume et chercher une solution définitive à ce problème.

En tant que tome 2, le choix des élues s’inscrit assez bien dans la continuité de ce que proposait l’autrice : métaphore écologique, héroïnes résilientes, pour les points positifs et facilités scénaristiques en plein deus ex machina pour les points négatifs. Ma chronique va se présenter un peu différemment de d’habitude car j’ai envie de relever plusieurs points qui me paraissent importants.

Déjà, sur la construction narrative. Chaque début de chapitre propose un extrait d’une autre histoire, racontée par un conteur qui s’adresse directement au lecteur en lui expliquant ce qui est arrivé au dieu Aïstos. On comprend rapidement que c’est lié à l’intrigue en cours. Toutefois, ça nuit cruellement au rythme narratif en cassant la fluidité des changements de chapitre. Je pense que cette histoire aurait gagné à figurer en prologue ou alors à la toute fin du roman car nous en découvrons des éléments importants via Héra et Intissar au moment où elles rencontrent les Semeurs. Sauf que quand les héroïnes apprennent la vérité, quel intérêt de la répéter dans ces en-têtes ? Hormis à insister trop lourdement sur le fait que Aïstos est vraiment trop gentil vu toutes les saloperies qu’il a pu subir.

De plus, une grande partie du roman est écrite à la première personne, toujours pour Héra et Intissar, mais des chapitres sont rédigés à la troisième, pour la Brume et Saraï, ce que je n’ai pas compris et qui me pose un problème en terme d’homogénéité narrative. Qu’on propose un prologue ou un épilogue d’un point de vue différent, d’accord, mais qu’on jongle pendant tout le livre? C’est vraiment dommage et ça sort de l’intrigue. D’autant que les chapitres sur la Brume n’apportent pas grand chose hormis montrer que cet antagoniste manque de peps et d’enjeu, surtout comparé à celui du premier tome qui inspirait quand même une certaine peur, un intérêt, une angoisse. La Brume est beaucoup trop manichéenne à mon goût, j’aurai apprécié plus de nuances.

Je trouve ça d’autant plus dommage que les idées de l’autrice sont bonnes. J’ai lu plusieurs chroniques qui déploraient les facilités scénaristiques et j’ai relevé plusieurs deus ex machina -comme je l’ai signalé plus haut. Toutefois… Pendant tout le roman, on nous parle de « Maktoub » soit un concept de destin auxquels même les dieux sont soumis. À partir du moment où l’existence de ce concept est admis clairement par l’autrice et les protagonistes, je n’ai plus de problèmes avec ce qui aurait pu passer pour des facilités car ça devient un parti-pris narratif. Si un destin existe, c’est qu’une intelligence quelconque a tissé une trame et donc qu’elle a prévu de bousiller un coup le libre arbitre de tout le monde, de parfois forcer la chance, comme ça lui convient à elle. Peut-être que c’est une métaphore tordue du métier d’autrice et globalement, ce n’est pas ce que j’apprécie mais c’est un choix justifié par Cindy Van Wilder au sein de son univers. Il est assumé, clairement admis donc je ne me sens pas en droit de critiquer ce point hormis par pure préférence personnelle.

Je sais que jusqu’ici, vous êtes en train de vous dire : mais bon sang elle démonte le roman, pourquoi elle en parle? C’est pas dans sa ligne éditoriale. Et bien… Tout simplement parce que j’ai passé un agréable moment avec ce second tome qui clôture correctement la saga. J’ai été surprise par certains choix (notamment Intissar, c’était osé ! ) au sein de l’intrigue et j’ai tourné les pages sans m’en rendre compte. Je pars du principe que quand on lit un roman et qu’on arrive à la fin en se disant « quoi? déjà? » c’est que l’autrice gère un minimum. Son écriture dynamique et sans fioritures inutiles permet de fournir un vrai page-turner et un bon divertissement. Parfois, on n’a pas besoin de plus. Et en ce moment, je termine mon blocus pour ma seconde session donc c’était parfaitement ce qu’il me fallait pour m’accompagner.

Mais ce que j’ai apprécié aussi, c’est le traitement d’une question d’identité genrée. Dans le roman, on rencontre un personnage d’abord présenté comme un garçon (je ne vous dis pas qui) et qui révèle qu’à l’intérieur, il se sent fille et subit une discrimination assez violente de la part de son peuple. Je trouve ça important de traiter ce type de sujet polémique au sein d’un roman à destination d’un public plus jeune. Ça a du sens et ça peut mener à une plus grande ouverture d’esprit. Ou au moins à se questionner sur son identité et à comprendre à quoi peut mener le rejet ou le harcèlement. Dommage que ça intervienne tard et presque au détour d’un chapitre, toutefois ça me tenait à cœur de le souligner.

En bref, le second tome de Terre de Brume est à la hauteur du premier. Cindy Van Wilder propose un bon divertissement sous forme d’un page-turner efficace en traitant de manière métaphorique de thématiques fortes comme l’écologie, la résilience ou l’identité de genre. Ce roman est à recommander à des lecteurs plus jeunes ou inexpérimentés qui s’y retrouveront là où les lecteurs confirmés et tatillons lui attribueront un certain nombre de défauts. Personnellement, j’ai passé un agréable moment de lecture et parfois, c’est tout ce qui compte.

6 réflexions sur “Terre de Brume #2 le choix des élues – Cindy Van Wilder

  1. Pingback: S4F3 : Les Fous des Volantes ont franchi la ligne d’arrivée!!! – Albédo

  2. Pingback: BML #14 – août 2019 | OmbreBones

    • Je te le souhaite en tout cas ! J’ai vu beaucoup d’avis dans ce sens pour le tome 1,personnellement il est tombé à un bon moment. J’avais besoin d’une lecture sans prise de tête, c’était parfait mais en d’autres circonstances j’aurai peut être été plus dure. En tout cas voilà sur le strict registre du divertissement ça fait son job !

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