Torsepied – Ellen Potter

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Torsepied est un roman jeunesse écrit par l’autrice américaine Ellen Potter. Publié chez Alice Jeunesse Éditions dans la collection Deuzio, vous trouverez cet ouvrage au prix de 14 euros.
Ce roman est ma huitième lecture pour le challenge S4F3s5 organisé par le Lutin !

Les enfants Cherchemidi sont un peu spéciaux, tout le monde le dit à Petit-Corniflard. Surtout depuis la disparition de leur mère. Au nombre de trois (Otto, Lucia et Max) ils vivent seuls avec leur père qui est portraitiste de souverains déchus. Son métier l’oblige à effectuer de nombreux voyages, ce qui condamne les Cherchemidi à être gardé par une voisine désagréable avec un horrible furoncle dans le dos. Heureusement, pas cette fois-ci ! L’année scolaire étant terminée, les enfants vont à Londres chez leur tante. C’est alors que commence leur grande aventure.

La première chose qui a attiré mon attention lors de la Foire du Livre de Bruxelles, c’est la couverture magnifique de cet ouvrage qui lui correspond très bien. Elle m’évoquait un peu les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire et même s’il s’agit d’un roman à destination d’un public jeunesse (la collection Deuzio est pour les 10-13 ans), son petit prix et le soin apporté à l’objet livre m’ont finalement poussé à craquer.

Dès le début du roman, on remarque la narration particulière de l’autrice. Ici, c’est l’un des enfants Cherchemidi qui raconte leur aventure et qui écrit un roman dessus. Du coup, l’action est parfois entrecoupée par des passages explicatifs de sa part qui s’adressent directement au lecteur. On ignore lequel enfant s’y colle, le jeu consiste à le deviner mais je vous rassure, ce n’est pas non plus extrêmement difficile. Ce mode narratif permet à l’autrice d’employer un langage jeune, accessible sans être faible et glisser des petites pointes d’humour bienvenues. L’enfant concerné parle d’ailleurs souvent de la manière dont son professeur d’anglais considère qu’une histoire doit être racontée ce qui donne une réflexion sympa sur les concepts narratifs. Mais je ne vais pas pousser trop loin, évitons de trop intellectualiser. N’empêche, Ellen Potter semble justifier ainsi certaines faiblesses de son texte, ce qui est plutôt culotté (mais bien joué). L’autrice inclut également des en-têtes de chapitre à l’ancienne où elle décrit ce qui va arriver dans le chapitre concerné. Personnellement, ça m’amuse et me rappelle les habitudes des feuilletonistes mais ça vous gâche un peu la découverte même si quelques surprises s’y cachent.

On se laisse rapidement embarquer dans les aventures rocambolesques de ce trio improbable. Le roman flirte à la frontière du fantastique et ce jusqu’à la toute dernière page qui dévoile un micro élément permettant de l’y classer. Il reste tout de même majoritairement un roman d’aventure fantaisiste: les trois enfants se rendent à Londres et se retrouvent sans toit. Du coup, ils errent dans les rues avec un peu d’argent et découvrent la ville de nuit, ses beautés mais aussi ses dangers. Finalement, grâce à une lettre trouvée dans le bureau de leur père, ils vont se rendre à Somnol-sur-mer pour rencontrer la sœur de leur mère disparue et peut-être résoudre ce mystère vient de plusieurs années.

Les trois enfants ne manquent ni de ressource ni de ruse ! Le plus vieux, Otto, s’exprime uniquement par gestes depuis la disparition de leur mère si bien que sa sœur doit tout traduire. Il est considéré comme le plus bizarre des trois, au point qu’une rumeur court comme quoi il aurait étranglé sa mère avec le foulard qu’il ne quitte plus. Lucia est l’enfant du milieu (prononcez son prénom à l’italienne !) une fille fière, proche de son aînée, pleine de mauvaise foi qui aime beaucoup lire (mais pas trop les romans policiers). Enfin, Max, le cadet, est le cerveau. Il réfléchit beaucoup et ne manque pas de perspicacité pour un garçon d’une dizaine d’années. Les personnages qui gravitent autour d’eux se révèlent également assez excentriques. Leur père revient toujours de ses voyages avec des histoires incroyables liées à son métier, ce qui participe à l’impression qu’a le lecteur de se trouver dans un roman fantastique car on a le sentiment que tout ça ne peut pas se passer dans notre réalité, et pourtant… Il y a aussi Saint-Georges, le marchand de curiosités, Chester le chat à cinq pattes, le Sultan… Autant de figures colorées qui ponctuent le récit.

Si l’ensemble est assez sympathique, j’ai tout de même trouvé quelques facilités scénaristiques et quelques points flous, peu logiques. Ce n’est pas parce qu’on destine l’ouvrage à un public plus jeune qu’on peut bâcler son intrigue… Notamment sur ce qui concerne Haddie mais aussi la difficulté de savoir à quelle époque précise se passe le livre (début du 20e siècle? Plus tard ? Probablement car on évoque un téléphone portable vers le milieu du bouquin). Je passais outre jusqu’au twist final qui m’a pas mal déçue en encrant trop le roman dans le réel alors qu’il s’en éloignait jusque là. Avec du recul, je comprends les choix de l’autrice (sans y adhérer) mais sur le moment, le souffle est retombé très brusquement. L’éclairage cru de la réalité a en quelque sorte brisé la bulle pleine de couleurs où évoluait les enfants jusqu’ici, a coupé net l’aventure et le rêve en les forçant à grandir. Ce n’est pas trop le genre de messages que j’apprécie trouver dans un livre, surtout à destination d’un jeune public. Mon côté Neverland, je crois. Je précise donc que c’est très personnel et je suis certaine que beaucoup d’enfants liront ce texte avec un grand plaisir.

Pour résumer, Torsepied est un roman d’aventure rocambolesque destiné à un public pré-adolescent. Son ton narratif ainsi que ses personnages principaux parviennent presque à faire oublier l’intrigue un peu faible pour ses facilités scénaristiques qui irriteront probablement les adultes. Ce n’est pas un roman parfait mais il remplit son rôle de bon divertissement.

12 réflexions sur “Torsepied – Ellen Potter

  1. Pingback: S4F3 : Les Fous des Volantes ont franchi la ligne d’arrivée!!! – Albédo

  2. Ta chronique m’a intriguée: j’avoue que je ne pense pas spécialement me le procurer parce que l’histoire que tu décrit ne me tente pas plus que cela. Par contre, les trois personnages me plaisent rien qu’à travers ta façon de les dépeindre! XD

  3. Merci pour cette petite chronique ! J’ai adoré ce roman et suis contente de voir que je ne suis pas la seule à l’avoir lu. C’est aussi la couverture qui m’a poussée à l’acheter, et je n’ai pas été déçue. Forcément, Otto est mon personnage préféré (tout comme lui, j’aime bien les monstres, et son chat est adorable ^^).

    Je n’ai pas trouvé le manque d’encrage temporel problématique, puisque ce n’est pas vraiment le sujet de l’histoire. Je me suis beaucoup attachée aux personnages et à leurs aventures et, malgré les faiblesses que tu soulignes, j’ai quand même beaucoup apprécié le livre. Le retour au réel de la fin ne m’a pas gênée, je n’ai pas trouvé qu’on les forçait à grandir, plutôt que la réalité s’est rappelée à eux, sans qu’ils aient à oublier leur imaginaire (mais ça fait longtemps que j’ai lu le livre, je ne me souviens plus très bien ^^’). Tu as donc raison de dire que, même si on peut être déçu par le roman, certains peuvent y trouver leur compte ^^
    C’est étrange car, d’habitude, je suis sensible aux facilités scénaristiques. Je crois que, si j’ai aimé, c’est parce que je me suis attachée à plusieurs détails qui ont su parler à mon imaginaire. Mais j’avoue avoir plus aimé le début que la fin de l’histoire.

    • Merci pour ton commentaire et ton retour 🙂
      J’étais très emballée à la fin du roman, il y avait pas mal de touches originales qui rendaient très bien mais plus j’avançais et plus je déchantais même si c’est surtout la fin qui m’a déçue. Je comprends ton point de vue et c’est probablement ce que l’autrice a voulu faire passer mais moi je l’ai ressenti comme une forme de violence, comme si la réalité devait primer et c’est une idée qui me dérange en fait. Je ne suis pas assez terre à terre parfois 😛 En tout cas il est clair que si on apprécie les romans jeunesses, c’est un texte à découvrir ! Je ne suis pas du tout le public cible en plus donc ça m’aide à prendre du recul 🙂

      • Je comprends aussi ton point de vue. Je trouve toujours très violent qu’on me force à rester dans la réalité, comme si l’imagination, ça allait deux minutes, mais qu’il fallait ensuite redescendre. Je pense que les deux peuvent coexister ^^
        Et j’ai bien aimé ton article car il me permet de découvrir un autre point de vue et de nuancer mon avis ^^

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