Mers Mortes – Aurélie Wellenstein

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Mers Mortes
est le dernier roman en date de l’autrice française Aurélie Wellenstein. One-shot dystopique et fantastique publié chez Scrinéo, vous trouverez ce livre partout en librairie au prix de 17.90 euros.
Ce roman est ma cinquième lecture pour le challenge S4F3s5 même s’il dépasse le maximum de 10 pages, j’attends donc le jugement de notre Lutin national.

Le monde dépeint dans Mers Mortes est post-apocalyptique. L’humanité a été trop loin, les océans se sont asséchés ce qui menace la survie de l’humanité déjà bien affaiblie. Oural est exorciste et coule des jours relativement paisibles dans un bastion français, entre deux marées hautes. Son travail? Repousser les assauts des fantômes marins : poissons, requins, raies, (entre autres) car un simple contact leur suffit pour aspirer une âme humaine. Il vit dans sa routine avec un plan pour potentiellement arrêter tout ça (sans parvenir à l’appliquer) jusqu’au jour où débarquent Bengale et son équipage. Le capitaine du Naflgar enlève Oural pour qu’il protège son navire, tâche d’importance car Bengale a un (vrai) plan pour réussir à ramener les océans… Mais ce plan a un prix.

Mers Mortes est un roman que tout le monde devrait lire. Vraiment. Il heurte, il chamboule, il force la prise de conscience écologique. En découvrant ce texte, j’ai eu le sentiment de lire une prophétie apocalyptique sur le point de se réaliser et ça m’a poussé à la réflexion.

Enrobé d’une intrigue prenante et porté par un personnage principal terriblement humain, Mers Mortes propose une vraie réflexion sur les dangers climatiques en apportant, au fil des histoires de chacun, des cauchemars et des marées fantômes, un éclairage sur ce qui se passe en ce moment et sur les conséquences logiques que cela aura dans un futur pas si lointain. On sent que l’autrice a étudié son sujet, elle présente les faits d’une manière compréhensible pour tout le monde, même les non scientifiques. Elle donne envie de se renseigner soi-même et de trouver des solutions. En réalité, le seul point faible du roman (si on veut vraiment chipoter) c’est qu’il n’insiste pas suffisamment sur ce qu’on pourrait faire maintenant afin d’éviter d’en arriver là. Vous me direz, ce n’est pas le sujet, d’autres t’ont déjà dit quoi faire, mais une petite annexe avec des engagements à tenir m’a vraiment manqué. Ça aurait permis à Mers Mortes d’être pleinement complet.

Mais honnêtement, je chicane parce que ce roman est très bon. Il traite d’un sujet actuel et engagé sans prendre de gants et permet en plus à une véritable intrigue de se mettre en place. Avec une écriture à la troisième personne, le narrateur se focalise sur Oural, un exorciste qui a grandi relativement protégé et aveugle de la réalité du monde. Il va petit à petit grandir, remettre ses convictions en question. Il va aussi se tromper, faire les mauvais choix, douter. À chaque page, son humanité transparait et je l’ai trouvé aussi intéressant qu’agréable à suivre, à l’instar des autres membres de l’équipage et du capitaine. Bengale dégage une aura de mystère, l’autrice distille petit à petit les révélations à son sujet pour donner envie au lecteur de poursuivre. Le rythme du roman est maîtrisé, on ne s’ennuie jamais et tout a un sens. Un autre personnage intéressant, c’est Trellia, la delphine ! Elle a une importance toute particulière dans le récit et sa relation avec Oural est vraiment belle. À elle seule, elle représente une métaphore sur le pardon.

La touche surnaturelle de Mers Mortes exploite l’âme de la mer avec brio en donnant un cachet sombre, salé et poisseux aux mots de ce texte. Les fantômes des animaux marins traqués par l’homme viennent crier vengeance de manière régulière, pendant les marées hautes. Seuls les exorcistes parviennent à les repousser, leur rôle est fondamental mais n’importe qui ne possède pas ces capacités. Pour cette raison, Oural vivait comme un prince avant de tomber sur Bengale et le changement s’avèrera rude. Comme toute société post apocalyptique, les survivants ont du se réorganiser. Si, dans le bastion, cela se passait assez bien, on apprend vite que certains ont réinstauré l’esclavage, abusent des plus faibles, parquent certaines personnes dans des camps pour créer des diversions. L’univers imaginé par Aurélie Wellenstein est horrible, terrifiant… et réaliste, ce qui renforce le sentiment d’épouvante qu’on ressent à la lecture. Parce que si on est un peu honnêtes, il y a 90% de chance pour que ça se passe ainsi quand on en arrivera à ce stade (notez que je dis quand, pas si, parce qu’à un moment donné, faut arrêter de se voiler la face). En réalité, ça se passe même déjà ainsi dans certains endroits du monde. En plus d’un engagement écologique, j’y ai aussi décelé une dénonciation humanitaire sur la thématique des migrants, traitée avec une vraie justesse et une profonde humanité.

Pour résumer, Mers Mortes est un texte bouleversant, addictif et engagé écrit par une autrice talentueuse qui n’a plus rien à prouver. Ce roman devrait être lu par le plus grand nombre car il tire la sonnette d’alarme d’une manière accessible, même à ceux qui ne connaissent rien sur les problématiques climatiques et humaines qui rythment pourtant notre actualité. À lire de toute urgence !

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17 réflexions sur “Mers Mortes – Aurélie Wellenstein

  1. Pingback: Mers mortes, Aurélie Wellenstein | L'Imaginaerum de Symphonie

  2. Procuré à T&L avec une sympathique signature. Je vais attaquer le Dieu oiseau avant d’aller sur celui-ci qui, il paraît, est son texte le plus aboutit. Un texte dans « l’air du temps » (même si je suis d’accord avec l’assèchement des lacs et tout, je pense malgré tout que la fonte des pôles va faire recouvrir le monde d’eau et qu’on aura une aire glaciaire plus tôt que prévue, mais c’est ma vision apocalyptique de la chose). J’ai hâte de me lancer dans celui-ci.
    Mode teaser on : Aurélie m’a confié qu’elle pensait écrire un Dark Fantasy à la Dark Soul (bave d’avance).

    • Le dieu oiseau c’est celui que j’ai « le moins aimé » même s’il a des qualités 🙂 le roi des fauves n’a pas encore été détrôné ! Je te souhaite une bonne lecture et merci pour ce teasing qui met l’eau à la bouche :3

  3. Pingback: BML #13 – Juillet 2019 | OmbreBones

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  5. Ouéééé, j’avais justement voté pour que tu lises celui-ci :p ! Bon, j’avais voté pour « La route de la Conquête » aussi, mais c’est partie remise, j’en suis sûre !
    J’ai beaucoup aimé Mers Mortes également. Le côté engagé a de quoi enflammer jeunes et moins jeunes et se marie hyper bien au fantastique – des marrées spectrales, l’idée est juste géniale. Ceci dit je suis un peu comme Symphonie, il m’a encore manqué un je-ne-sais-quoi dans ce roman pour qu’il soit tout à fait complet à mes yeux 🙂 .
    Aurélie Wellenstein, une vraie valeur sûre !

    • Haha oui en effet la route de la conquête ne sera pas ma lecture suivante mais celle judte après, j’intercale un service presse entre deux lectures personnelles (m’en reste plus que deux d’ailleurs victoire ✌️)
      Je comprends ce sentiment, moi ça m’a manqué d’un petit engagement en plus style synthèse pédagogique mais concrètement le concept et les idées m’ont tellement emballé que j’ai perdu, je pense, tout mon esprit critique haha. C’est devenu mon second livre favori de l’autrice, après le roi des fauves 🙂

    • Ah oui? Bah les goûts et les couleurs tu sais… Il est tombé au bon moment pour moi. Je n’ai pas trouvé qu’il manquait tant de choses ! Tu as déjà posté ta chronique? (si ça se trouve je l’ai lue et j’ai oublié ^^’)

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