Célestopol – Emmanuel Chastellière

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Célestopol
est un recueil de nouvelles écrit par l’auteur français Emmanuel Chastellière. Publié à l’origine aux Éditions de l’Instant, vous pouvez trouver ce texte chez Libretto au format poche pour 10.70 euros.
Je remercie chaleureusement l’auteur et les éditions Libretto pour ce service presse !
Ceci est ma première lecture pour le challenge S4F3s5 organisé par le Lutin.

Célestopol contient en tout 15 nouvelles qui brossent le paysage de la cité lunaire construite par l’Empire russe et dirigé par le Duc Nikolaï. Chacune possède un thème propre et traite d’une facette de la ville. Plusieurs années séparent parfois deux textes mais l’auteur indique la chronologie au début quand c’est nécessaire.
Voici le sommaire exact:
– Face cachée
– La chambre d’ambre
– Dans la brume
– Les lumières de la ville.
– Les jardins de la Lune
– Oderint dum metuant
– Une note d’espoir
– Le boudoir des âmes
– La douceur du foyer
– La danse des libellules
– Convoi
– Le chant de la Lune
– Fly me to the moon
– Tempus fugit
– Le roi des mendiants.

Je ne vois pas l’intérêt de vous détailler le contenu de chaque nouvelle, d’autant que certaines sont assez courtes et que je ne veux pas dévoiler le contenu des différentes intrigues qui s’imbriquent. Par contre, je vais vous parler un peu de l’univers. Dans cette uchronie qui se développe pendant le XXe siècle, l’Empire russe a colonisé la lune. La ville de Célestopol s’épanouit sous un dôme et subsiste économiquement grâce à l’exploitation du sélénium. Cette substance à forte teneur énergétique permet de palier à la diminution des ressources mais disons que c’est un peu mettre un pansement sur une hémorragie. Les voyages entre la Terre et la Lune sont monnaies courantes, plusieurs protagonistes arrivent tout juste (comme Anton, le journaliste de la première nouvelle) ce qui permet au lecteur de découvrir les merveilles de Célestopol mais aussi sa décadence dès qu’il est question des automates (mais pas qu’à cette occasion, rassurez-vous). Cette technologie est présente, non seulement pour palier aux faiblesses des ouvriers humains mais aussi, comme vous vous en doutez, pour des services plus tendancieux.  Leur présence permet le développement de nombreuses thématiques et interrogations philosophiques : où commence la vie ? Où commence la conscience? Une machine dispose-t-elle de droits semblables aux humains ? Une machine peut-elle aimer? Que se passerait-il si elles parvenaient à développer une conscience de manière autonome? Des thèmes assez récurrents en SF mais aussi en steampunk dès qu’il est question de cette technologie.

Côté protagonistes, il y a deux personnages qui traversent toute la narration. En premier lieu, le Duc Nikolaï présent dans chaque texte, soit cité, soit en personne, dont on découvre la personnalité complexe et les lourds secrets à mesure que la lecture avance. Il a une importance capitale dans tout ce qui arrive et finalement, chaque texte permet de placer un pan de l’histoire qui se dévoile entièrement sur les trois dernières nouvelles. En second lieu, la ville de Célestopol en elle-même, à la fois sublime et décadente, une cité aux multiples facettes qui pose un cadre aussi extraordinaire que mélancolique aux multiples intrigues qui s’imbriquent l’une dans l’autre pour offrir une vaste fresque romanesque. Célestopol ressemble à ces grandes villes européennes dont on vante les louages, enfermée dans un écrin au cœur d’une terre hostile. Comme un oiseau en cage.

Cet ouvrage s’inscrit à la fois dans la veine steampunk et romantique. Il mêle les deux avec brio et créé une réelle harmonie dans les codes. Pour l’exemple, le romantisme est plutôt tourné vers le passé là où le steampunk regarde l’avenir et la modernité, même si cette modernité est alternative. Emmanuel Chastellière parvient à les faire cohabiter dans Célestopol sans que ça ne paraisse artificiel, un vrai tour de force. Le monde qu’il créé et développe est d’une telle richesse que c’en est bluffant. Pour ne rien gâcher, sa plume poétique et maîtrisée n’a pas manqué de provoquer chez moi de nombreuses émotions, ce qui n’est pas si facile. Joli coup.

Sur un plan personnel, j’ai préféré certains textes à d’autres (logique, vous me direz…), le premier qui m’a vraiment touché c’est « les lumières de la lune » qui était incroyablement beau et empreint d’une magnifique mélancolie. Le second c’est « fly me to the moon » que j’ai adoré pour son aspect macabre et la folie du personnage de Gédéon (puis la fin…). D’ailleurs, plusieurs personnages ne manquent pas d’originalité et les clins d’œil à la littérature slave se multiplient. J’en ai relevé un ou deux mais je pense que les aficionados en trouveront bien davantage que moi qui manque de culture sur le sujet. Le plus présent, comme je le disais plus haut, reste le Duc Nikolaï qui a aussi des inspirations multiples (j’ai bien aimé le lien avec le portrait ou même le kochschei) dont on découvre une facette à chaque nouvelle jusqu’à ce final éblouissant qui prend aux tripes.

Pour résumer, Emmanuel Chastellière signe un magnifique ouvrage à la frontière des genres. Roman paysage et social dans une ville imaginaire au sein d’une uchronie steampunk maîtrisée par un auteur talentueux, Célestopol ne peut pas laisser le lecteur indifférent. Chaque nouvelle apporte sa pierre à l’édifice d’une intrigue magistrale teintée de romantisme slave, au sein de laquelle il vaut mieux ne pas avoir l’âme trop sensible. L’écriture d’Emmanuel Chastellière brille par sa poésie qui ne manquera pas de provoquer des émotions fortes chez son lecteur. Je recommande très chaudement cette lecture !

20 réflexions sur “Célestopol – Emmanuel Chastellière

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  4. De retour pour une nouvelle salve de notifs toutes pourries 😀 (I’m the evil of the blogosphere…or not…)
    Bref, Celestopol, dans ma wishlist depuis un moment. Chastellière semble s’installer doucement comme une référence francophone de la sfff (un peu à l’image de Victor Fleury). Il était passé à Lille mais je l’ai loupé de peu.

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