L’Homme Électrique – Victor Fleury

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L’Homme Électrique est un one-shot voltapunk proposé par l’auteur français Victor Fleury. Publié chez Bragelonne dans sa collection steampunk, vous trouverez ce roman au prix de 9.90 euros.
Ceci est ma quinzième lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

Je remercie l’ami Xapur dont la chronique a inspiré la lecture de ce roman. Sans lui, je serais passée à côté d’un livre extraordinaire !

L’histoire se déroule en 1895 dans une France uchronique ou Napoléon IV règne sur l’Empire Électrique. Un empire menacé par les russes, d’où l’envoi d’un trio d’agents de la Sûreté pour enquêter là-dessus : la comtesse Cagliostro aux dons surprenants et aux qualités scientifiques reconnues, le frère Vacher, assassin et homme de main impitoyable et le Valet, un androïde capable de porter le visage d’un mort sans qu’il ne se détériore (oui c’est assez glauque) et de copier ses souvenirs ainsi que sa personnalité. Malheureusement, le Valet se rend compte que quelque chose cloche avec sa mémoire. Il va s’embarquer malgré lui au sein d’un complot aux multiples protagonistes, à travers tout l’empire, avec finalement une seule question : à qui demeurer loyal pour le bien de l’humanité ?

J’ai dévoré ce roman en l’espace de deux jours, à ma plus grande surprise vu que j’ai connu plusieurs déceptions chez cet éditeur, surtout cette collection. Du coup, je ne m’y intéressais plus et j’ai été contente de laisser sa chance à Victor Fleury qui propose un titre très marquant sur bien des points.

Déjà en terme de genre littéraire. Il est classé en steampunk faute d’un meilleur terme mais l’ami Xapur parle de voltapunk. Peut être pour plaisanter, toutefois je trouve l’usage de ce terme très pertinent ici puisque l’auteur n’a pas développé une technologie à vapeur… Mais bien électrique ! Qui n’a pourtant rien de commun avec notre propre usage de l’électricité. Voilà une idée très inspirée car elle offre un univers aux couleurs très différentes. On n’étouffe pas sous le smog, au contraire. Le lecteur se retrouve presque aveuglé par les éclairs, ce qui donne au texte une luminosité brute qui éclaire sans détour la noirceur de son propos.

En effet, quand on y pense, Victor Fleury aborde des thèmes assez durs. L’intrigue est celle d’un complot assez standard entre deux grandes nations qui en veulent toujours davantage mais le sous-texte a davantage de fond, surtout dans le développement psychologique du Valet. Finalement, qu’est-ce qui rend humain? Le fait d’avoir un corps de chair et de sang?

Dans une narration à la 3e personne, on suit le personnage du Valet, un androïde pourtant très humain et souvent perdu face à ce qui lui arrive. J’ai immédiatement ressenti de l’empathie pour lui, utilisé comme un objet par d’autres, qui pense pourtant toujours à l’humanité et au bonheur des gens simples avant le sien. Il souffre des manipulations dont il est victime et ne sait plus à qui accorder sa confiance. Surtout que les indices qu’il se laisse à lui-même au fil de ses « reboots » ne sont pas forcément très clairs. Il essaie toujours de comprendre, refuse d’agir pour son propre intérêt et est traversé pendant tout le roman par la très humaine peur de mourir, de disparaître, bref d’être « éteint ». Ce qui ne l’empêche pas de prendre des risques ou de se montrer loyal ! Le Valet choisit, se trompe, assume, tente même de sauver ses ennemis et répugne à la violence. Tous ces éléments, pour ne citer que ceux-ci, donnent un protagoniste principal marquant et attachant.

En plus de l’univers, ce personnage du Valet est donc vraiment LA grande force de l’homme électrique dont il est d’ailleurs le héros (au cas où c’était pas évident). Pourtant, les autres personnages ne sont pas en reste et toujours tiraillés entre le devoir et l’humain, entre leurs convictions et ce qu’il convient de faire. On le ressent assez bien dans le dilemme de la Comtesse et tout comme le Valet, je trouve que ça la rend à la fois merveilleuse et cruelle. D’ailleurs, plusieurs de ces personnages sont empruntés à la littérature populaire. Ainsi, vous allez croiser Arsène Lupin, Michel Strogoff, un certain comte bien connu, une petite Sophie dont certains vont peut-être se rappeler, entre autres ! Dès qu’on s’en rend compte, on ne peut pas résister à la tentation de traquer les références jusqu’à questionner chaque apparition de personnage : est-il totalement inédit ou vient-il d’un roman que je ne connais pas? Je me suis vraiment amusée là-dessus.

J’en profite pour préciser que Victor Fleury n’a pas qu’emprunté des personnages pour les réadapter à sa sauce ou leur rendre hommage. Il livre aussi un roman d’aventure digne des meilleurs auteurs du 19e siècle, sans le moindre temps mort et avec autant d’efficacité qu’à l’époque.

Pour résumer et si ce n’était pas clair, j’ai vraiment adoré l’Homme Électrique. Pionnier d’un genre nouveau dérivé du steampunk, à savoir le voltapunk, Victor Fleury propose un texte d’une grande humanité qui, paradoxalement, se place du point de vue d’un automate. Ce roman d’aventure très référencé à la mode du XIXe plaira à un large public et mérite d’être découvert. Je le recommande chaudement !

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17 réflexions sur “L’Homme Électrique – Victor Fleury

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  4. « un androïde capable de porter le visage d’un mort sans qu’il ne se détériore (oui c’est assez glauque) »
    Je crois que c’est une mode très actuelle. Entre cette célèbre série qu’on ne présente plus où une gamine use de cet art pour sa vengeance, et ce jeu vidéo de fantasy au tour par tour à l’ancienne où les morts-vivants en ont besoin pour passer inaperçus… ^^

    Sinon, le terme de voltapunk, il me semble que c’est l’auteur lui-même qui le revendique. Est-il pour autant un pionnier du genre… ou est-ce qu’on n’aurait pas plutôt pris l’habitude de nommer « steampunk » tous ce qui s’y rapproche ? Je ne m’y connais pas assez pour m’avancer sur le sujet, mais ce serait curieux que personne ait jusqu’à présent pensé à construire son univers en se basant sur la Fée Electricité.

    En tous les cas, après le recueil de nouvelles vraiment sympa dans son usage des personnages connus, ça me donne envie de lire le roman. 🙂

    • Être pionnier ne signifie pas forcément qu’il est le tout premier d’entre les premiers, du moins je ne l’utilise pas comme ça. Pour moi, il est l’un des premiers et peut-être (j’aimerai pouvoir souligner ce mot) le premier mais pour avoir lu énormément de steampunk francophone j’ose m’avancer en disant que c’est quelque chose que je n’avais jamais croisé jusque là ! Et ça m’a bien plu, parce qu’il propose une esthétique qui lui est propre et qui en découle naturellement, ça change. Je sais que c’est l’auteur qui revendique le terme, je l’ai lu dans l’interview de Xapur et je trouve qu’il a raison parce que son livre n’est pas stricto sensu du steampunk donc autant se différencier pour ne pas dérouter les amateurs du genre. Après ça reste des classifications éditoriales, tout ça.

      Par contre je ne connais pas les deux références que tu cites ! Je sais que ce n’est pas forcément la première fois que je croise cette idée dans un texte mais je trouve ça assez glauque quand même, je persiste :’) Les modes sont cheloues !

      Je suis contente que ma chronique te donne envie de découvrir ce texte et j’espère que tu passeras un aussi bon moment que moi 🙂

      • Pardon, je ne voulais pas donner l’impression de critiquer, je me posais juste la question sur l’absence de ce sous-genre jusqu’à présent, et si ce n’était pas simplement parce qu’on ne le considérait pas à chaque fois comme du steampunk. Pour le reste je suis d’accord avec toi, mais je me suis visiblement mal exprimée. :/

        Les sans-visages, dont Arya Stark, dans GoT découpent les visages des morts pour prendre leur apparence, et les mort-vivants dans Divinity Original Sin 2 en ont besoin pour leur masque. Je trouve ça amusant de retrouver l’idée sur différents formats, d’en voir les différents usages, les différentes adaptations d’un univers à l’autre. Et oui, c’est bien glauque (même dans le jeu vidéo ^^).

      • Ah non ya pas de soucis ça pouvait tout aussi bien venir de ma formulation 😊 puis si ça a déjà été fait à mon avis c’est côté anglo-saxon et on ne l’a pas traduit parce que ca ne me dit rien. Qui sait, peut être que Victor Fleury a vraiment inventé quelque chose de complètement neuf ce serait cool que ça vienne d’un francophone o/ en tout cas c’est nouveau dans notre paysage littéraire.
        Et je ne regarde pas GOT c’est pour ça que ça ne me disait rien 😅 j’ai lu les romans mais l’attitude de l’auteur me dérange donc j’ai pris mes distances avec cet univers même si je zieute parfois ce qui se passe vu que ça a changé par rapport aux livres 🙂

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