Pornarina – Raphaël Eymery

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Pornarina est un roman d’enquête fantastique écrit par l’auteur français Raphaël Eymery. Publié chez Denoël dans la collection Lunes d’encre, vous trouverez ce livre au prix de 19 euros.
Je remercie FungiLumini du blog Livraisons Littéraires pour m’avoir prêté ce roman découvert grâce à sa chronique.

Pornarina est aussi connue comme la prostituée-à-tête-de-cheval. Elle sévit en Europe depuis plusieurs décennies et sa particularité est d’émasculer les hommes, qui en meurent sur le coup. Figure quasi mythologique, elle déchaine les passions au sein d’un cercle de spécialistes – les pornarinologues- auquel appartient le Dr Blazek. Nous suivons principalement sa fille adoptive, Antonie, contorsionniste naturel. Elle assiste son père dans sa quête de Pornarina ce qui la pousse à fréquenter tout un tas de personnes pas franchement fréquentables, justement.

Il est vraiment difficile de parler de ce roman à mi chemin entre une enquête et une étude des « monstres ». D’ailleurs, par moment, on est vraiment davantage dans un texte (pseudo) scientifique que dans un récit de fiction. Le roman s’ouvre sur un « nous » dont on ne saura jamais rien et qui ramène à la vie le célèbre détective, Sherlock Holmes. Ce « Nous » enquête sur le Dr Blazek dont nous apprenons le passé à travers les archives de Sherlock. Après cette introduction qui est un prétexte pour poser le personnage du docteur, nous faisons connaissance avec Antonie dans des chapitres à la troisième personne au style littéraire assez percutant. La personnalité du récit s’y marque bien et c’est une grande force de ce livre.

Antonie est une jeune fille aux os en caoutchouc. Orpheline trouvée dans la banlieue de Kiev, elle est élevée par le docteur pour devenir son assistante. Il est de plus en plus âgé et a du mal à continuer son enquête sur Pornarina. C’est donc Antonie qu’il envoie sur ses traces en espionnant un pornarinologue, surnommé Fel, qui semble avoir des informations intéressantes à ce propos.

Plus que Pornarina, à mon sens, c’est Antonie le personnage principal et la figure mythique sert simplement de prétexte pour faire avancer le récit et réfléchir sur une multitude de sujets dont, entre autre, la guerre des sexes, les déviances et la mythification des tueurs en série. Quand je dis qu’Antonie est le personnage principal, c’est parce qu’on suit son évolution ou plutôt, sa descente dans les abîmes de la folie jusqu’au chapitre final qui était peut-être un peu trop abrupt à mon goût. Antonie est une mise en abîme des propos tenus tout au long du texte et l’auteur le réalise d’une manière aussi maîtrisée qu’intelligente.

Pornarina est un roman de freaks, avec des personnages pervers et des scènes franchement malsaines. Il n’est pas à mettre entre toutes les mains mais je l’ai trouvé original autant dans son procédé narratif que dans cette façon qu’il a d’enseigner à son lecteur les perversions humaines. J’ai appris énormément de termes que je ne connaissais pas et j’ai eu le sentiment de me retrouver dans un immense cabinet des curiosités. La quatrième de couverture parle de ressusciter la tradition française du Grand-Guignol et je suis assez d’accord là-dessus. Si ce roman souffre des défauts induit par son culot, je reconnais volontiers le talent de Raphaël Eymery et espère que ça ne soit pas son dernier texte.

Pour résumer, Pornarina est un roman qui sort des sentiers battus et n’est pas à mettre entre toutes les mains. Ses indéniables qualités stylistiques et philosophiques se heurteront aux valeurs traditionnelles des lecteurs et ne pourra pas le laisser indifférent. Au lecteur à garder l’esprit ouvert ! Les thématiques de déviance et de différence développées tout au long du texte ont vraiment su me plaire et je recommande ce titre aux lecteurs avertis.

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14 réflexions sur “Pornarina – Raphaël Eymery

  1. Pingback: BML #8 – février 2019 | OmbreBones

  2. Pour le coup j’avais lu l’une ou l’autre mauvaise critique à son sujet mais ta chronique m’a redonné la foi (what ?). Bon, si un jour il est en promo ou quoi pourquoi pas, j’aime bien quand ça sort un peu des sentiers battus. J’ai juste un peu peur du manque d’action.
    Belle chronique comme toujours !

    • Merci 😊 j’avais lu aussi pas mal de critiques mitigées si pas carrément négatives mais celle de Mathilde allait à contre sens et ça m’a intriguée alors comme elle me le prêtait en plus je lui ai laissé sa chance. C’est bien la preuve qu’il y a d’excellents romans qu’on descend en flèche parce qu’on ne les comprend pas ou qu’on n’est pas sensible au côté subversif du propos. Moi, forcément, ça m’a parlé 🙂
      Tiens d’ailleurs tu passes à Bruxelles cette année ? 😊

      • Tout à fait d’accord. Bon après, je suis très ouvert mais c’est possible que je passe à côté du sujet aussi. Après quand il s’agir d’un assez grand nombre de critiques allant essentiellement vers le même sens, on est en droit de se poser des questions. Mais tu as eu la bonne idée d’aller à contre-courant et c’est un pari gagnant. Je me suis fait un petit kiffe aussi en achetant l’un ou l’autre livre à mauvaise cote car le pitch m’intéressait de dingue et parce que forcément je veux vérifier par moi-même si les mauvaises langues sont justifiées ou non ^^
        Alors oui je serai de passage à la soirée VIP 😀 j’espère que tu seras là (j’ai vu ton post avec les grèves, fingers crossed pour toi pour trouver un moyen de locomotion).

      • Ah c’est certain quand la majorité des lecteurs pensent la même chose on est en droit de se dire qu’ils ont sûrement raison. Mais finalement c’est comme ces romans qui ont d’excellentes critiques alors qu’ils ne sont vraiment pas extra, ou comme ces romances qui ont la côte alors que ça ne nous parle pas du tout. La littérature outre une affaire de goûts, c’est aussi une affaire de codes sociaux et culturels finalement 🙂 et de la manière dont nous les utilisons.
        Ah non je n’ai pas trouvé de voiture pour y aller malheureusement donc c’est loupé pour cette fois 😦 zut !! Je ne serai là qu’à partir de jeudi. En espérant que les trains roulent bien sûr x)

  3. Contente que ce roman t’ai plu ! (j’avais peur après t’avoir dit tellement de fois qu’il était génial que en fait tu sois déçue xD) Un roman effectivement atypique, percutant et à ne pas mettre entre toutes les mains ! Comme tu dis, un cabinet de curiosités sous forme littéraire 🙂

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