La Voie Verne – Jacques Martel

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La Voie Verne est un one-shot d’anticipation / science-fiction proposé par l’auteur français Jacques Martel. Nouveauté de chez Mnémos pour Janvier 2019, vous le trouverez en grand format au prix de 20 euros.
Je remercie Nathalie et les éditions Mnémos pour ce service presse !

Avant d’aller plus loin je dois préciser que ce roman a été difficile à chroniquer sans spoil et qu’il manque plusieurs éléments que je choisis d’écarter pour vous permettre de découvrir le texte dans sa totalité. Qu’on veuille bien me le pardonner pour cela.

L’histoire de la Voie Verne est racontée à la première personne par le personnage de John, à travers ce qui ressemble à un journal vocal (et je lui fais ici le même reproche que dans Frankenstein Délivré, du coup). Au début du roman, John se présente à la demeure des Dumont-Lieber en espérant obtenir la place de majordome vacante depuis quelques temps. Agathe, la châtelaine, y vit avec deux domestiques et Gabriel, son petit fils autiste. Ce dernier passe toutes ses journées dans le Halo, une réalité virtuelle dans laquelle on entre à l’aide de lunettes spéciales. Gabriel est aussi passionné par les Voyages Extraordinaires de Jules Verne même si beaucoup de gens semblent l’avoir oublié.

Le point fort de ce texte est sans conteste son univers et l’engagement idéologique qui en découle. Nous sommes toujours au XXIe siècle où le progrès technologie a peu à peu effacé le papier, raison pour laquelle je parle d’anticipation. La numérisation paraissait être la bonne solution pour tout le monde, jusqu’à ce que le Big Worm, un virus informatique, efface une grande quantité de données. En fait, les données de Z à V dans leur totalité et quelques autres des lettres suivantes, avant d’être arrêté. Du coup, impossible pour John, spécialiste de Jules Verne (et peut-être davantage ), de consulter ses œuvres puisque lui-même avait tout stocké en ligne. Sur différents espaces de stockage mais ça ne change pas grand chose. Heureusement, si posséder du papier est presque un crime dans cette France d’anticipation, John soupçonne les Dumont-Lieber de disposer une bibliothèque secrète, vu la passion bien connue de la famille pour Jules Verne. Voilà comment il se retrouve à travailler pour la châtelaine.

Jacques Martel propose ici un roman à cheval sur plusieurs genres. J’ai évoqué l’anticipation qui tourne à la science-fiction sur certains points du récit (du moins par rapport à notre époque mais d’une, ça se discute et de deux, ne soyons pas scolaires dans la classification littéraire 🙂 ). On trouve également des concepts métaphysiques qui ne parleront peut-être pas à tout le monde. Il devise énormément sur la force du mythe dans l’immortalité du corps (et de l’esprit), sur l’égrégore, la métempsychose, qui sont des éléments centraux du roman justifiant le projet de John et surtout, le soutien qu’il cherchera auprès de Gabriel. Si toutefois il parvient à communiquer avec lui… Ces points font également entrer ce texte dans la veine fantastique.

Sur un plan signifiant, la Voie Verne est très fort et engagé. J’ai hélas trouvé que, parfois, le propos théorique alourdissait le texte, provoquait des longueurs et entravait la rythmique de l’intrigue. Puis j’ai définitivement un souci avec ce type de narration qui paraît trop factice pour me permettre d’entrer dans la diégèse du roman. Fidèle à son modèle, l’auteur a cherché à enseigner, dans ses textes. À transmettre. Et en ça, on peut dire qu’il réussit, même si je trouve que c’est au détriment de l’histoire racontée. Il faut savoir que de Jules Verne, je n’ai lu que Michel Strogoff et je n’en garde pas spécialement un agréable souvenir. Si j’appréciais la démarche éducationnelle, je lui trouvais souvent des digressions techniques / théoriques qui ne conviennent plus, je pense, aux lecteurs de ma génération. C’est principalement une question de goût mais c’est ce qui m’a empêché de rentrer dans ce roman.

Ce que je regrette car je lui trouve pas mal de bons côtés et je suis certaine qu’il touchera son public de destination, auquel je n’appartiens pas. La Voie Verne propose une réflexion très intéressante sur des thèmes contemporains forts en plus de mettre positivement en avant la différence, à travers le personnage de Gabriel. J’ai beaucoup aimé son discours sur l’autisme et les formes d’intelligence. On est sans conteste face à un auteur érudit qui a peut-être été maladroit en voulant traiter trop de sujets d’un coup. Toutefois, la Voie Verne a des qualités et vaut la peine rien que pour son propos théorique. Je pense qu’il vaut mieux d’ailleurs le prendre comme une tentative de croisement entre l’essai et le roman plutôt que comme un roman « normal » (si tant est qu’il soit pertinent d’affirmer qu’il existe une norme au sein du genre roman. Là aussi, on peut discuter…). La Voie Verne touchera les adeptes de Jules Verne mais aussi les curieux qui chercheront à découvrir ce petit ovni littéraire à cheval entre passé, présent et avenir. Un nouveau texte qui ose et sort des sentiers battus pour Mnémos !

7 réflexions sur “La Voie Verne – Jacques Martel

  1. Pingback: BML #7 – janvier 2019 | OmbreBones

  2. Pingback: La Voie Verne, de Jacques Martel – Les Chroniques du Chroniqueur

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