Frankenstein délivré – Brian Aldiss

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Frankenstein délivré est un roman one-shot écrit par l’auteur anglais Brian Aldiss. Publié chez Mnémos en mai 2017 dans la collection poche Hélios, vous trouverez ce roman au prix de 8.90 euros.

Voici un texte qui est dans ma PàL depuis plus d’un an. Je l’avais remporté lors d’un concours sur un blog (et je ne me souviens pas lequel, désolée, ma mémoire est vraiment pourrie mais encore merci pour ce cadeau ♥ edit: c’était donc chez la copine my dear ema, mystère résolu ! Profitez en pour la découvrir, elle gère.) et j’avais toujours une bonne excuse pour ne pas me lancer. Faut dire que je n’ai jamais lu le célèbre roman de Mary Shelley et que je ne savais pas trop à quoi m’attendre en lisant le résumé. C’est surtout la magnifique couverture (moment de superficialité bonjour) qui m’a attirée sur ce livre. Je pensais tomber sur un roman steampunk… Perdu. Bref, je suis contente que ma Bookjar l’ait enfin sorti du fin fond de ma PàL !

J’ai terminé cette lecture aux premières heures de 2019 et je réfléchis depuis à la façon dont je vais tourner mon retour. D’avance désolée si cette chronique est un peu brouillonne, j’ai essayé de la structurer au maximum mais c’est extrêmement difficile avec un texte comme celui-ci. Frankenstein délivré n’est pas le genre de roman dont on peut simplement dire « j’ai aimé » parce que ce serait le réduire à moins que ce qu’il vaut. Pourtant si ma lecture fut agréable, j’ai un goût de trop peu (oui, j’ai conscience du paradoxe de cette phrase).

On peut grossièrement affirmer que l’intrigue tourne autour du personnage de Joseph Bodenland. Il vit en 2020, une époque où la guerre technologique a provoqué des Glissements Temporels qui vont lui permettre de revenir, un peu par accident, à Genève en 1816. Là, il rencontre Victor Frankenstein puis un autre Glissement lui offre l’opportunité de rencontrer, au même endroit (mais dans la même réalité ? Suspens !) Mary Shelley ainsi que les poètes Byron et Percy Shelley à la célèbre villa Diodati. Où se trouve la réalité? Où se trouve la fiction? Finalement, que signifient ces termes? Comment agir pour entraver le cours des évènements?

De quels évènements, me demanderez-vous? Et bien, dans un premier temps, Joseph s’inquiète de savoir comment rentrer chez lui, à son époque, auprès de ses petits enfants. Logique, jusqu’ici. Puis il rencontre le célèbre docteur et a à cœur de sauver la vie de Justine, la bonne injustement accusée d’un crime perpétré par le monstre de Frankenstein sur le petit frère de ce dernier. Vous suivez toujours? Bien. Rapidement, cette préoccupation passe au second plan puisqu’il fait la connaissance de Mary Shelley ainsi que de tout le petit groupe anglais précédemment cité. Je vous passe les détails de la suite de l’intrigue, pour ne pas vous spoiler. Cet enchaînement m’a un brin dérangée pendant ma lecture parce que le comportement du « héros » manque de cohérence. Joseph explique dans la narration qu’il se sent disparaître au fil des Glissements Temporels, qu’il n’a plus le sentiment d’être lui-même. Que sa personnalité s’efface. Et ça ressemble un peu à une excuse toute faite pour justifier qu’au bout de trente pages, il oublie déjà qu’il a envie de rentrer chez lui. Ces affirmations sont assorties de réflexions philosophiques qui tirent parfois en longueur, surtout vu le style de narration.

Parce que Brian Aldiss a voulu se montrer original en expliquant que Joseph enregistre ses aventures au moyen d’un magnétophone présent dans sa voiture au moment du Glissement Temporel. Il cherche ainsi probablement à justifier la narration à la première personne, qui n’était peut-être pas monnaie courante à son époque de sa rédaction. Pourtant, sur un plan personnel, je trouve que ça sonne faux et j’aurai préféré qu’il se contente d’écrire son roman comme il l’entendait, sans essayer justifier ses choix narratifs de manière hasardeuse. Parce que personne, encore moins en 2020 (ou alors sur un an, pas mal de choses vont changer) ne s’exprime comme Joseph le ferait. Ça manque globalement de crédibilité.

Un point à garder à l’esprit lorsqu’on lit ce texte, c’est qu’il a été écrit dans les années septante. Et ceci peut expliquer pas mal d’éléments, c’est donc une œuvre à replacer dans son contexte pour en tirer un maximum de plaisir. Notamment sur la vision qu’a l’auteur du 21e siècle (le roman commence en 2020), de sa technologie et de sa société. Sur ce dernier point, malheureusement, il ne se fourvoie pas et offre une vision relativement pessimiste de l’humanité. Elle me parle à moi mais dérangera peut-être certains lecteurs.

Sur trois cent pages, nous découvrons un univers de science-fiction, une uchronie, du fantastique (très léger), de l’horreur, un voyage dans l’espace-temps, dans le concept même de réalité, avec des personnages historiques et inventés qui se mêlent sur plusieurs diégèses et degrés de fiction… Le tout sur fond de roman philosophique. Ça colle un peu la migraine. Et je pense sincèrement que trois cents pages pour aborder autant de thèmes, c’est beaucoup trop peu. Brian Aldiss ne manque pas d’ambitions mais il aurait dû mieux équilibrer les différents ingrédients de son livre pour que la sauce prenne. D’autant qu’il réussit quand même à laisser certaines longueurs, notamment sur les débats philosophiques qu’ont les personnages. Les clins d’œil à la littérature plus classique sont assez clairs mais pas forcément bien géré.

Je donne probablement l’impression d’avoir passé un mauvais moment avec Frankenstein Délivré mais ce serait une erreur de le croire. Déjà, il se lit facilement et conserve un intérêt constant dans son intrigue même si tous les lecteurs n’y trouveront pas leur plaisir face à ses particularités thématiques. Ensuite, même s’il comporte un certain nombre de faiblesses énoncées plus haut, je le trouve ambitieux (d’autant plus pour son époque) et original. À mon sens, ce texte est un ovni littéraire expérimental plein de bonne volonté. Il se plante un peu par moment (je ne vais pas revenir là-dessus) mais porte une réflexion intéressante sur des sujets actuels comme, pour n’en citer qu’un, les dérives de la science.

Je pense que ce roman plaira aux amateurs de Mary Shelley et à ceux qui cherchent à lire une œuvre différente et osée. Il ne conviendra pas à tout le monde mais constitue une curiosité littéraire qui vaut la peine d’être découverte.

13 réflexions sur “Frankenstein délivré – Brian Aldiss

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  4. Ah oui on sent la complexité mais tu arrives bien à ressortir ton ressenti malgré tout. Perso je vais essayer de m’attaquer à l’oeuvre originale cette année mais dit que ça sera ma tasse de thé. Belle chronique !

  5. Finalement, c’est drôle qu’on soit toujours obligé de préciser que pointer des défauts ou des gênes subjectives n’empêche pas malgré tout une bonne lecture. ^^

    L’univers de Mary Shelley n’a jamais fait parti de mes plus grands intérêts, donc je ne lirai probablement jamais ce livre, mais j’apprécie ton analyse sur le contexte. 🙂

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