Le Roi des ombres – Stéphanie Sylvain

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Le roi des ombres
est un roman d’uchronie fantastique écrit par l’auteure québecoise Stéphanie Sylvain. Édité chez Numériklivres (éditions NL) il est pour le moment disponible en numérique au prix de 8.99 dollars canadiens, ce qui fait plus ou moins 5.80 euros au taux de change actuel. Et oui, je convertis même les prix ! De rien, c’est gratuit. Vous pouvez retrouver toutes les informations concernant ce roman sur le blog les Filles de Joual où l’auteure est chroniqueuse.

C’est la première fois que je découvrais un roman du Québec. Je me suis souvent dite que je devrais m’y intéresser mais nous avons déjà tellement de littérature en France et en Belgique que je n’ai jamais passé le cap, d’autant que j’achète beaucoup en salon et qu’on y croise peu d’auteurs québecois. Voir pas du tout. J’ai donc sauté sur l’occasion lorsque l’auteure a pris contact avec moi via ma page facebook ! Le résumé de son livre m’intriguait et elle avait pris la peine de se renseigner sur mon genre de lecture avant de me solliciter, ce que j’ai apprécié. Je lui ai promis de lire son roman rapidement et il me paraissait bien rentrer dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone.

Motivée, j’ai donc commencé ce récit qui flirte avec plusieurs genres littéraires. En premier lieu, je pensais découvrir un roman historique. Nous nous trouvons en terres hispaniques, aux environs du XIe siècle. Nous suivons le roi Sanche IV de Garcès qui est le personnage principal mais pas le narrateur. En effet, toute l’histoire nous est contée par Ombra, son ombre dotée d’une conscience mais toujours inextricablement liée à lui au début du récit. J’ai trouvé ce mode de narration intéressant même si j’aurai, je pense, préféré une alternance de point de vue entre ces deux personnages, du moins au moment où Ombra prend de plus en plus son indépendance, car j’ai eu du mal à m’attacher à Alcides (le roi, de son prénom) pour cette raison. Le narrateur extérieur empêche de vraiment saisir l’essence de ses buts, son cheminement de pensée, et j’ai mis un moment à comprendre sa folie. Je trouvais juste ses plans illogiques et vraiment idiots, je commençais même à douter du sérieux de ce roman qui tombait dans le grosbillisme. Pourtant, une fois qu’Ombra cesse de se voiler la face et dit clairement qu’Alcides a perdu pied, tout prend un sens nouveau. On comprend alors que ce texte raconte une descente aux Enfers, s’enrobe dans les extrémités de la folie et de la bassesse humaine.

Malgré quelques maladresses sur certaines tournures (en même temps c’est seulement le deuxième roman de l’auteure) et des coquilles qui tiennent davantage de la faute d’inattention qu’une lacune de correction, j’ai trouvé le style de Stéphanie Sylvain plutôt maîtrisé quoi que peut-être un peu trop scolaire. Mais le type de narration et le personnage d’Ombra n’aident pas à améliorer cette impression. Serviteur qui appelle Alcides « son maître » alors qu’il l’aide en se cachant de lui, il met du temps à acquérir sa propre personnalité et à devenir réellement intéressant. Ce qui, finalement, est bien retranscrit dans le texte et dans son évolution, jusqu’au final.

Autre point positif: les recherches historiques. J’ai vérifié pour m’ôter un doute (mes cours d’histoire du Moyen-Âge remontent quand même à ma première année d’université et je finis ici en septembre donc je vous laisse compter) mais tous les rois et nobles cités dans le Roi des Ombres ont existé. Évidemment, l’auteure joue avec l’Histoire (raison pour laquelle je parle d’uchronie) et se la réapproprie en romançant le tout avec une touche de fantastique, mais j’ai trouvé ça vraiment chouette. L’idée parlait bien à l’amateure d’Histoire en moi ! Pour ne rien gâcher, plusieurs dialogues sont en catalan et on apprend dans les remerciements que l’auteure s’est renseignée auprès d’universitaires espagnols pour s’assurer de la justesse de sa traduction. Son sérieux et sa maîtrise historique sont sans conteste un plus.

Pourtant, sur un plan plus personnel, j’ai eu du mal à vraiment rentrer dans l’histoire, simplement parce que le type de narration ne me convenait pas. Je ne dis pas qu’il est mauvais, juste que ça ne colle pas avec mes goûts. J’aurai aimé que l’auteure force davantage sur la noirceur et la dualité psychologique de ses deux personnages. Finalement, ce sont les trente dernières pages et la phrase de conclusion qui m’ont fait revoir à la hausse mon jugement sur ce texte. C’est là qu’on entrevoit vraiment le potentiel de cette Ombre (qui reste le seul élément fantastique du texte) et qu’on comprend toute la portée de sa présence. Et qu’on réfléchit sur l’intérêt thématique du texte, sur la réflexion qu’il porte.

Pour résumer, le Roi des Ombres ne manque pas de qualités sur un plan formel et contextuel. L’auteure a de l’imagination et s’investit dans ses écrits à travers des recherches historiques poussées. Je pense qu’elle a encore besoin de mûrir un peu son écriture et d’oser aller au bout de ce qu’elle propose, ce qui n’enlève pas au Roi des Ombres sa qualité de bon divertissement qui saura vous surprendre. Je le recommande aux amateurs d’Histoire du Moyen-Âge et de fantastique léger.

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5 réflexions sur “Le Roi des ombres – Stéphanie Sylvain

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  4. Une critique nuancée et bien poussée. Merci Ombre Bones d’avoir pris le temps de te pencher sur mon deuxième roman. Merci pour ta franchise et surtout d’avoir clarifié le fond de ta pensée. En tant qu’auteur, ce n’est pas toujours facile de découvrir l’appréciation d’un blogueur sur son livre. Évidemment, chacun à son point de vue et on ne peut malheureusement pas plaire à tout le monde. Tout de même, chaque critique, si elle est constructive (évidement), fait grandir un auteur. Je garde donc en tête ton argumentaire et l’ajouterai à ma boîte d’outils où je me ressourcerai lors de mes prochaines écritures. Je suis aussi fière d’avoir été ta première lecture québécoise,

    Stéphanie Sylvain
    https://www.facebook.com/stephanieauteure/
    http://bit.ly/roiombres

    • Ce fut un plaisir 🙂 Comme tu dis, il est impossible de plaire à tout le monde. Le tout en tant que chroniqueur est de fournir un avis argumenté et objectif car ce n’est pas parce que ce n’est pas conforme à nos goûts que ça en devient mauvais pour autant. Je suis ravie de ta réaction et te souhaite une bonne continuation, avec beaucoup de succès 🙂

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