Les illusions de Sav-Loar – Manon Fargetton

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Les illusions de Sav-Loar
est un one-shot de fantasy écrit par l’auteure française Manon Fargetton. Publié chez Bragelonne en collection poche (sous l’ancien label Milady), il est disponible au prix de 8.20 euros.

Quand je parle d’un one-shot, je me dois d’emblée de tempérer. Même si ce roman peut se lire de manière indépendante, il en existe un autre dans le même univers qui complète celui-ci: l’Héritage des Rois-Passeurs. On y retrouve certains personnages communs, l’intrigue s’y rejoint à un moment (dans le second tiers) et se poursuit jusqu’à sa conclusion de ce qui est seulement esquissé dans l’Héritage des Rois-Passeurs. Les deux se répondent sans que je parvienne à me décider lequel des deux il vaut mieux lire en premier.
Objectivement, lisez les deux, ce sont des perles !

Les illusions de Sav-Loar, c’est avant tout l’histoire de plusieurs femmes. Celle de Bleue, enfant esclave qui se révèlera puissante magicienne. Celle de Fèl, une jeune adulte déjà bien éprouvée par la vie qui refuse d’arrêter de se battre. Celle des magiciennes de Sav-Loar, à travers les siècles jusqu’à nos jours. Celle des femmes traquées, traumatisées, malmenées.
Mais c’est aussi l’histoire de certains hommes, comme Guilhem, Oreb, Luernos, Til’Enarion, Ashkar, Cendre. Des guerriers, des guérisseurs, des prêtres, des mages, des enfants. Et de certains dieux.
Ce roman propose une grande fresque aux personnages multiples. Certains diront trop nombreux… Je l’ai pensé, à un moment. Pourtant, par je ne sais quel procédé extraordinaire, Manon Fargetton parvient à créer de l’empathie pour chacun d’eux. Aucun ne nous laisse réellement indifférent, que ce soit positif ou négatif. Je trouve que cela s’apparente à un tour de force digne d’être souligné.

Nous évoluons dans le royaume d’Ombre mais également dans l’Empire. Sur un seul tome de plus de 850 pages, nous voyageons énormément, j’en ai le tournis quand je regarde derrière moi et que je me rends compte de tout ce chemin parcouru depuis la citadelle du Sker jusqu’à cette bataille finale. Il y a tellement à dire sur ce roman que ça me semble impossible de tout évoquer en une seule chronique, pas sans qu’elle devienne beaucoup trop longue pour que vous ayez envie de la lire. Pas sans spoiler énormément de retournements de situation inattendus. Pas sans gâcher le plaisir d’une découverte sans savoir dans quoi vous vous embarquerez.

J’ai déjà parlé des personnages, j’ai envie de m’attarder sur chacun d’eux avec une préférence pour Bleue et pour Til’Enarion, alors que je ne les appréciais pas spécialement au début du récit. Pourtant, il me parait plus pertinent de pointer du doigt les messages que l’auteure fait passer à travers son texte. Au premier abord, j’ai pensé que les illusions de Sav-Loar était un roman de femmes, qui mettrait l’accent sur leur supériorité par rapport aux hommes, sur les douleurs qu’elles subissaient au quotidien jusqu’à se révolter, qu’il s’engagerait de manière agressive pour prouver leur valeur. Il faut dire qu’il s’ouvre quand même sur deux personnages principaux qui subissent l’esclavage et le viol d’un seigneur sadique et on ne nous épargne pas vraiment les détails même si les descriptions restent subtiles. C’est fascinant comme cette auteure parvient à décrire des situations horribles sans pour autant choquer, elle choisit avec soin son vocabulaire. Chapeau !

Au départ, donc, c’est ce que je m’attendais à trouver et je craignais de grincer un peu des dents parce que je pense, d’un point de vue personnel, que la valeur d’un individu n’est pas liée à son sexe et qu’on doit se battre pour prouver ce qu’on vaut en tant que personne. J’ai rapidement compris que l’auteure offrait un message d’égalité, qu’elle partageait, d’une certaine façon, mon point de vue (sans m’avancer à affirmer connaître ses convictions mais ce qu’elle dit dans ce livre, ce que dit Bleue, me parle totalement). Tout le roman tend vers ça, vers le désir qu’ont les magiciennes d’être non pas supérieures aux mages du Clos mais égales. Et celles qui, parmi elles, les haïssent au point de souhaiter les dominer, en viennent à changer d’avis ou à le regretter d’une façon ou d’une autre. Le message nous parvient d’autant plus fort que nous vivons l’évolution de Bleue qui, de haine et dégoût, en arrive à tempérer ce qu’elle ressent au fil des années. C’est puissant et le fait que l’intrigue s’étale sur une si longue période est un vrai plus, à mon sens.

L’auteure évoque aussi la manipulation de l’Histoire, l’importance de l’esprit critique et du libre-arbitre. Ces thèmes se distillent tout au long du récit et habillent un univers d’une grande richesse. Que ce soit par ses mythes fondateurs ou par la manière dont fonctionne la magie, je trouve que Manon Fargetton parvient à rester classique tout en innovant. Cela vous paraît paradoxal? Lisez les illusions de Sav-Loar, et vous comprendrez.

J’ai dévoré ce pavé en l’espace de trois jours et ç’aurait été plus rapide si je n’avais pas dû m’arrêter pour étudier. L’écriture fluide, enchanteresse, nous happe dans le récit et on passe les pages sans s’en rendre compte. J’ai adoré découvrir chaque ligne de ce récit d’une grande intelligence et lire un roman de fantasy à la fois divertissant et engagé. Je l’ai déjà dit mais à mes yeux, Manon Fargetton est une des meilleures auteures françaises en fantasy de notre époque et les illusions de Sav-Loar confirme mon impression. Je vous recommande très chaudement ce roman qui fut un coup de cœur. À n’en pas douter, il laissera longtemps sa marque sur moi et il appartient à la catégorie des livres que je relirai dans ma vie.

12 réflexions sur “Les illusions de Sav-Loar – Manon Fargetton

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  7. J’avais pensé la même chose que toi en commençant, concernant le côté féministe. Mais comme tu le dis, ce côté se nuance au fil du récit. Je crois que j’ai dû pleurer trois ou quatre fois au cours de ma lecture, en plus. x) En tout cas, je suis contente qu’il t’ait plu. ❤

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