Premières lignes #2

Bien le bonjour à tous !

Qui dit dimanche, dit « Premières lignes » le rendez-vous hebdomadaire créé par Ma Lecturothèque.

Aujourd’hui, j’ai choisi Dans les veines de Morgane Caussarieu, une auteure française incontournable quand on parle de romans subversifs et d’écrits gores. On m’a longtemps poussée à la lire (genre, plusieurs années hein) mais comme je suis contrariante, j’ai attendu l’été dernier pour cela et ce fut une grosse claque. Ce roman revient à l’essence même de la créature vampire: ce sont des monstres obsédés par le sang, dotés d’une moralité qui les éloigne drastiquement de l’humanité, ce qui donne lieu à des déviances. L’auteure n’a pas peur de se salir les mains et elle écrit avec beaucoup de soin, d’une manière juste et efficace. Depuis ma lecture de Dans les veines, Morgane Caussarieu est devenue une auteure dont j’adore dévorer les écrits et je me suis gardée Je suis ton ombre pour le PIF2018 ( pour rappel, voici les chroniques qui la concernent: dans les veineschéloïdesblack mambo ). Si vous n’avez pas un petit cœur ni une âme sensible, lisez-la. Vraiment.

Voici la 4e de couverture:
« La canicule enflamme les nuits bordelaises. Une bande de junkies dévaste un supermarché, des filles perdues poussent leurs derniers soupirs sur des airs de New Wave tandis qu’on repêche des cadavres exsangues dans la Garonne. Il semblerait qu’un groupe de tueurs dégénérés avides de sexe, de drogue, de rock’n’roll et de sang ait élu domicile dans la charmante cité. Des vampires, le mot absurde et terrible est sur toutes les lèvres sans que personne n’ose le prononcer. L’enquête du lieutenant Baron piétine alors même qu’une vidéo incrimine J.F., une ancienne star de la scène alternative punk et sa bande de marginaux. De son côté, Lily, la fille unique de Baron, rencontre un séduisant jeune homme à la peau trop pâle, au visage d’ange et à la maigreur maladive. Elle trouve dans cette passion toxique et mortifère un remède à son mal-être. »

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Voici les premières lignes:
« Sur l’horloge digitale de la station de tramway, les chiffres rouges indiquaient vingt-trois heures quarante-quatre. La prochaine navette n’allait pas tarder à arriver. Martine Renzi était seule à l’attendre. Elle s’était assise le plus confortablement possible sur le banc de l’abri en plexiglas, les jambes étendues devant elle et le dos tordu pour épouser le dossier. Bercée par le bourdonnement du lampadaire, elle somnolait.
Des bruits de pas indécis. Elle leva les yeux. Une silhouette élancée portant une forme noire dans ses bras s’assit à ses côtés. Le bois du banc craqua légèrement. C’était une jeune femme, typée Asiatique, avec son bébé. Le visage de l’enfant était tourné tout contre le sein de la mère. Celle-ci chantonnait, caressant de la main les joues rondouillettes. Martine Renzi réprima un sourire de tendresse. Elle avait trente-quatre ans et bientôt, son corps serait trop vieux pour donner la vie.
Le bébé, profondément endormi, ne s’éveilla pas quand la mère déposa un baiser dans son petit cou.
Martine Renzi détourna le regard. Elle ne voulait pas être surprise à contempler ce moment d’intimité qu’elle ne pouvait s’empêcher de jalouser. Elle avait avorté quatre ans auparavant, parce que ce n’était pas le bon moment, parce qu’elle ne se sentait pas prête, parce que le bébé n’aurait pas eu de papa. Eliott aurait maintenant trois ans et demi si tu ne l’avais pas fait disparaître avant même que ses petites mains ne soient formées. Aurait-il eu les yeux bleus ? Noisette, comme les tiens ? Aurait-il été aussi beau que celui que cette jeune femme tient au creux de ses bras ?
Le bébé poussa un vagissement plaintif. La mère se pencha sur lui davantage et ses longs cheveux d’ébène formèrent un voile autour de l’enfant. Il cessa de sangloter alors qu’elle massait ses pieds aux chaussons de poupée…
Une sonnerie retentit. Les roues crissèrent sur les rails et les portes automatiques du tramway s’ouvrirent devant Martine, l’invitant à entrer. Elle quitta le banc, laissant la mère et sa progéniture enlacées.
La navette était presque vide. Elle s’assit en face d’un jeune branché au tee-shirt à paillettes. Derrière la vitre, la jeune femme avait toujours la tête blottie contre son enfant. Sur la banquette d’à côté, un joli garçon aux incroyables yeux violets lui souriait tristement. Le tramway redémarra et elle rendit son sourire à son voisin.

Entre les doigts de la femme asiatique, la peau du bébé avait viré au bleu pâle. Elle le souleva en le tenant par une cheville. Sa grosse tête disproportionnée pendouillait au bout de son corps frêle. Elle le laissa tomber dans la poubelle de l’arrêt, juste assez grande pour contenir le minuscule cadavre. »

Poésie macabre, ambiance gothique et destructrice, le tout accompagné par une plume incisive et maîtrisée. Avez-vous déjà lu Morgane Caussarieu? Qu’en pensez-vous? Aimez-vous les romans gores? Dites-moi tout 😉

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14 réflexions sur “Premières lignes #2

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  6. Au misère, ayant moi-même un enfant je serai trop sensible (le passage avec le bébé dans la poubelle m’a noué l’estomac). Je crois que si je n’avais pas d’enfant, j’aurai lu ça avec grand plaisir, maintenant j’hésite haha. Mais j’ai déjà entendu beaucoup de bien de cette auteure et j’ai un peu ragé de ne pas avoir tenté le coup aux Halliennales.

    • Dans ce cas tu peux la découvrir avec Chéloïdes, où aucun enfant n’a été blessé pendant l’écriture du livre :3 Pour dans les veines, il faut avoir l’esprit ouvert et accepter beaucoup de choses. Si ce passage te gêne déjà, je pense qu’il n’est pas adapté pour toi.

      • Mmh, après je suis très ouvert d’esprit et très peu de choses me choquent, mais j’avoue que pour le coup j’ai été surpris de mon ressenti vis-à-vis de ce passage. Je suppose qu’avec le détachement nécessaire par rapport à cette scène spécifique je pourrai passer un très bon moment ^^ Je suis ton ombre de cette auteur me tente fort aussi.

      • Il est sur ma liste pour le PIF 2018, à mon avis courant mars il y aura une chronique dessus, si tu veux attendre 😉
        Oui je ne doute pas que tu le sois mais on n’a pas tous la même sensibilité face aux choses et moi qui ne suis pas mère, la scène du bébé ne me « fait rien », je suppose que c’est normal qu’elle choque un parent. Il y a un enfant vampire aussi qui est important dans l’histoire, il se passe pas mal de choses assez sales autour de lui.

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