Chéloïdes – Morgane Caussarieu

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Chéloïdes est un one-shot et la première incursion « dans la littérature générale » de Morgane Caussarieu, comme le souligne aimablement la quatrième de couverture. Cet OVNI littéraire (petit clin d’œil à la chronique d’Un K à part que j’ai beaucoup aimé) est disponible au prix de 15 euros à l’Atelier Mosesu. Une maison d’édition que je ne connaissais pas du tout et que j’ai découvert avec plaisir.

Aussi improbable que cela puisse paraître, Chéloïdes est une « histoire d’amour » -oui, cette chronique va contenir son lot de guillemets. Une histoire d’amour, donc, entre Colombe, maquilleuse professionnelle sur des tournages pornos et Maalik, un punk SDF. Quand je parle d’une histoire d’amour, ne pensez pas aux clichés de la romance dont nous sommes continuellement inondés -et qui sont la raison des guillemets sus-cités. Il ne s’agit pas de sauver l’autre, de le tirer hors de son quotidien terriblement difficile, de lui vendre un american dream, de lui faire goûter à l’amour version Disney ni même d’enchaîner les scènes de sexe érotiques où l’héroïne a douze orgasmes à la minute tellement son mec est-trop-bien-monté-et-trop-doué-omg-quel-dieu-je-n’avais-jamais-connu-ça-avant.

Non.

Chéloïdes, c’est l’histoire d’un garçon et d’une fille que la vie n’a pas épargnée, qui arrivent chacun avec leurs passés, leurs problèmes, leurs déviances et leurs réalités. Qui se rencontrent, se confondent l’un dans l’autre avec l’énergie du désespoir, et qui sacrifient des morceaux d’eux-mêmes dans cette relation qui deviendra de plus en plus toxique. Une relation en montagnes russes, mais pas celle de la foire du quartier, non. Plutôt du genre Millenium Force…

Chéloïdes est un roman bouleversant et d’une telle justesse qu’on ne peut pas s’empêcher de se demander s’il ne contiendrait pas, par hasard, une expérience personnelle. S’il ne serait pas un témoignage, au lieu d’un récit imaginé. Oui, le talent de l’auteure est tel qu’on se pose la question. Pas tant sur les soirées underground de Paris ou de Berlin, on sent immédiatement que l’auteure est une habituée, mais sur le témoignage de cette relation en elle-même, ce côté destructeur, cette folie qui s’empare des personnages, leur descente aux Enfers sans qu’ils ne cherchent à véritablement en sortir. Parce que, au fond, l’Enfer, c’est aussi relatif que le bien ou le mal.

Chéloïdes, Chéloïdes… Tellement difficile à chroniquer, tellement difficile d’en parler sans vous spoiler le contenu. J’ai cherché, par curiosité, la définition de ce mot. Il s’agit d’une cicatrice qui se forme sur une blessure guérie, une excroissance sur la peau. Elle s’accompagne le plus souvent de démangeaisons, de douleurs vives. Une définition qui, à elle seule, suffit à résumer ce roman.

N’ayant lu jusqu’ici que Dans les Veines, de la même auteure, je m’attendais à un roman écrit d’une plume dégoulinante de poésie macabre. D’accord, elle m’avait prévenu de la différence lors de notre rencontre aux Halliénnales, mais je n’avais aucun autre point de repère ! Avec Chéloïdes, nous sommes plutôt dans le réalisme cru, dans la poésie hallucinée qui a trempé dans l’alcool et a sniffé les vapeurs de drogue. On retrouve le côté cru propre à la plume de Morgane Caussarieu, mais plus acéré, plus affuté. C’est un choc bouleversant, une claque douloureuse et addictive. Une plongée dans un autre type d’univers…

Parce que oui, c’est une romance, mais une vraie romance. Une romance comme on pourrait en croiser dans la rue, en trouver chez des amis. Le genre qui craint, qu’on ne montre pas dans les films ou dans les séries, qu’on ne prend pas en exemple pour les petites filles, mais une romance qui existe, qui pourrait exister. Morgane Caussarieu nous montre les pires aspects d’un couple, marque la différence entre l’image affichée et le quotidien. Elle met l’accent sur la douleur plutôt que de se concentrer sur le bonheur conjugal. Et elle se sert, pour cela, de personnages qui, d’ordinaires, nous font froncer le nez, nous dégoûtent, ne provoquent aucune empathie parce qu’ils sont trop loin de notre vision du monde, de notre quotidien. Pourtant, cette plongée dans cet univers m’a secouée, attirée. On comprend mieux la mentalité punk, leur façon de vivre, l’underground de manière générale. C’est fascinant et addictif, difficile de reposer ce livre quand on l’a commencé… Pour preuve, il a été lu en trois jours. Et si je n’avais pas eu cours, je l’aurais dévoré d’une traite.

Chéloïdes ne plaira pas à tout le monde. Il va dégoûter, révolter, choquer. Certains passages m’ont heurtés (je pense au stérilet, au personnage de Victor, à sa relation avec Roman, aux réflexions qu’a pu avoir Maalik sur la sexualité, tout ce qui est tellement facile à juger d’un œil extérieur), mais j’ai aimé qu’on m’oblige à réfléchir sur la situation de Colombe, à me poser des questions, à comprendre le pourquoi du comment, à accepter aussi. Parce que parler sans y être, c’est trop facile. Et cette fin… Tellement magistrale, parfaite. J’en ai vibré à chaque seconde, depuis la scène dans la chambre noire jusqu’à la dernière phrase.

Oh et, accessoirement, ça m’a donné envie de lire les Chérubins Électriques de Guillaume Serp.

En bref, Chéloïdes est un roman que j’ai adoré, il bouscule les habitudes, surfe sur la vague punk à laquelle l’auteure appartient, sans le moindre doute. Il est vrai, profond, intense, se dévore avec facilité, et se repose avec difficulté. On ne sort pas indemne de ce récit, que je recommande très chaudement… Aux lecteurs qui ont l’esprit ouvert et qui possèdent une certaine sensibilité à la noirceur. Ce n’est pas un livre à mettre entre toutes les mains, même si toutes les mains devraient se précipiter pour le tenir.

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8 réflexions sur “Chéloïdes – Morgane Caussarieu

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  6. Rhaaa il est dans ma PAL et je me retiens de le lire pour essayer de finir mon challenge Littératures de l’Imaginaire, mais en lisant des chroniques comme ça, ça ne va pas m’aider à tenir :p

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