Ouroboros (l’intégrale) – Christophe Rosati

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Ouroboros est une saga de science-fiction (un thriller cyberpunk très exactement) écrite par Christophe Rosati. Ce fut d’abord une série de cinq épisodes publiés dans la collection Science-Fiction de l’Ivre-Book qui se mua en intégrale numérique le 29 avril 2017 au prix de 7.99 euros. La version papier est prévue pour le 23 septembre 2017 lors des Aventuriales de Ménétrol, au prix de 19 euros.

Parler de ce roman m’est assez difficile et j’ai du mal à décider par quoi commencer. C’est une vraie claque qui laisse un malaise après la lecture et nous force à réfléchir sur la condition humaine et notre rapport à la machine. Entre autre, parce que c’est plus subtil que ça mais je dois bien synthétiser pour la chronique. Comprenez-moi bien: Ouroboros est une œuvre magistrale, très bien écrite, réfléchie et profondément noire, teintée de pessimisme sous forme de fatalité. C’est un peu plus qu’une simple histoire…

Nous suivons cinq personnages: Clara, une ex-militaire devenue mercenaire. Rob, un cyborg. Raph, un hacker. John, un policier d’Interpol et enfin Gritt, sorte de mercenaire bourru à la retraite. Dit comme ça, on a l’impression que les personnages sont des objets, des rôles prédéfinis, des fonctions, qu’on retrouve toujours dans ce type de littérature, mais ce n’est pas le cas. Chacun a une existence propre qui est développée en profondeur à travers des chapitres « boucles » qui permettent de découvrir leur histoire. Clara a un caractère difficile, franc et brute de décoffrage. Rob est très intéressant avec ses questionnements sur son humanité perdue et sa manière très statistique de répondre aux questions. Il prête souvent à sourire, mais c’est un rictus en demi-teinte, avec un malaise en fond. John et Gritt sont sympas à leur façon mais ils me parlent moins, toutefois c’est par goût personnel plus que par manque d’investissement de l’auteur dans ses personnages. Finalement, mon favori reste Raph, le hacker, pour son immaturité mais aussi ses talents, le mélange génie / handicapé sentimental. C’est un genre qui me plait, même si je grossis le trait pour vous expliquer.

Ouroboros nous entraine dans un monde futuriste où la technologie prend petit à petit le dessus, ce qui est prétexte à des questionnements philosophiques très intéressants. Nous rencontrons Clara sur le point de terminer sa mission en cours (une mission particulièrement foireuse si on en croit ce qu’elle dit) et elle est face à un gros souci qui va probablement causer sa mort. Le récit retourne alors en arrière, quelques jours plus tôt, pour nous narrer comment tout cela a commencé. Petit à petit, au fil des pages, l’auteur nous dévoile une trame complexe et bien ficelée qui a de quoi surprendre. La société est décrite de manière très crue, il brasse énormément de thèmes sans jamais se perdre ni sacrifier à l’action. Parfois, certains passages paraissent plus lents mais ils sont nécessaires et même vitaux pour garder la profondeur de l’histoire. Il y a, là-dessous, un imaginaire assez stupéfiant et un univers magistralement créé.

J’ai du mal à trouver un réel point négatif à ce roman dont j’ai beaucoup apprécié la lecture, même si j’ai été lente à le terminer. Il est épais, conséquent aussi parce qu’il ne se contente pas de raconter une « bête » histoire, mais il vaut vraiment la peine. Un détail peut-être, ce sont les quelques répétitions encore présentes dans le texte et une ou deux coquilles mais sans grande conséquence. Après tout, on en trouve dans tous les textes ! Je le signale par habitude. A côté de ça, l’écriture de Christophe Rosati est très bonne. Il parvient à nous immerger totalement dans un monde où on ne reconnaît pas la technologie et nous en parle avec un tel naturel qu’on a l’impression de l’utiliser au quotidien, un effet assez stupéfiant.

Je conseille Ouroboros à ceux qui aiment la science-fiction et qui n’ont pas peur des discours durs, pessimistes, contre l’humanité. Personnellement, j’ai été séduite (et la phrase de fin: oh-mon-dieu) par ce côté-là, par les interrogations qu’il nous oblige à avoir en nous mettant le nez dans notre propre merde, pour parler vulgairement. Toutefois, j’ai conscience que ça ne plaira pas à tout le monde et que plusieurs lecteurs n’apprécieront pas l’aventure pour cette raison. En plus des personnages en décalage avec les héros clichés standards qu’on trouve dans beaucoup de bouquins.

Ouroboros est plus qu’un simple roman, c’est une mise en garde, presque un manifeste sur le concept d’humanité, de société, une sorte de signal d’alarme lancé dans le vide mais qui mériterait d’être écouté… Il est difficile d’en parler en quelques mots, toutefois s’il y a un peu de justice dans ce monde, Ouroboros deviendra un classique du genre. Il le mérite vraiment et je vous le recommande chaudement.

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